Dans le cadre de sécurité imposé par la pandémie, une méga rave-party qui a réuni entre 5000 et 7000 personnes ce week-end en Lozère réveille la peur archétypale de l’anéantissement des individus.


 

Samedi soir vers minuit, plusieurs centaines de véhicules ont envahi un terrain agricole sur la commune d’Hures-la-Parade pour installer une rave-party géante. Selon les agriculteurs, la mairie et les gendarmes interrogés par l’AFP dimanche matin, plus de 10.000 personnes étaient présentes pour cet événement interdit et illégal, sur un terrain agricole du parc national des Cévennes.

Alors que les manifestations de plus de 5000 personnes sont toujours interdites en France en raison de l’épidémie de Covid-19, entre 5000 et 7000 personnes demeuraient toujours lundi matin 10 août sur un terrain agricole du parc national des Cévennes, en dépit de la limitation des rassemblements liée à la Covid-19, a indiqué la préfecture de Lozère.

« Deux escadrons de la gendarmerie mobile, soit 120 hommes, ainsi que 50 gendarmes départementaux se relaient sur place pour surveiller le site et éviter que les véhicules ne repartent, pour des questions sanitaires liées au risque de propagation de la Covid-19, et aussi de sécurité routière », a indiqué la préfecture à l’AFP.

Les gendarmes ont procédé à des verbalisations pour alcoolémie et usages de produits stupéfiants. Les autorités ont aussi distribué des masques et du gel hydroalcoolique aux raveurs. Dès 8h dimanche, des gendarmes avaient barré l’accès pour empêcher d’autres raveurs de rejoindre la fête. 

De nombreuses critiques s’expriment sur les réseaux sociaux considérant que l’action de distribution de masques et de gel hydroalcoolique engagée par les pouvoirs publics est un signe d’encouragement et de manque d’autorité. Force est de constater que les tenants d’un ordre sécuritaire d’un type nouveau sont moins prolixes à l’égard des 12 millions de voyages effectués quotidiennement dans les transports en commun d’Île de France.

Il est vrai que pour faire face à la crise sanitaire, le gouvernement a privilégié la domestication des activités festives, comme le contrôle des temps et espaces consacrés à la fête, à la culture, et a fortiori à la contre-culture qui compose l’underground techno.

Se considérant à la tête d’une start-up nation, le Président importe une vision où la valeur du travail s’impose comme une absolue nécessité. Mais si les rassemblements techno occupent beaucoup de nos imaginaires et de nos discours sur la jeunesse, on associe davantage les Rave à l’Ecstasy qu’à la crise du chômage chez les jeunes.

« Les Lozériens ont été très sérieux avec la Covid, ils ont respecté les gestes barrières et cette arrivée massive de gens qui ne respectent rien les a profondément choqués », avait souligné dimanche soir la préfète Valérie Hatsch.

 

Comment une société intolérante peut-elle exiger d’être respectée ?

 

Cet épisode festif déclenche une véritable secousse sociétale qui dit l’incompréhension intergénérationnel et l’état de panique mental dans lequel la gestion de la pandémie a plonger les esprits.

Le souci hygiéniste fait surgir des équations incertaines comme l’idée selon laquelle préserver l’ordre moral nous maintiendrait en bonne santé, ou qu’il est primordial d’accompagner la jeunesse vers le monde ordonné et sain des adultes pour en faire de bons citoyens. Voilà qui assigne à ces mêmes « adultes » une nouvelle fonction et une bonne conscience à petit prix.

On peut prendre la mesure des effets de « l’ensorcellement » médiatique sécuritaire à travers les commentaires très réactifs des internautes. Certains préconisent une dispersion des jeunes « teufeurs » « avec largage d’eau par des Canadairs ! » ou « à coup de batte de baseball »…  La virulence de ces commentaires n’a pas de limite : « D’un autre coté, s’ils se prennent tous le virus ça nous fera des vacances. Il y en a qui ont même imaginé faire de l’épandage aérien de kérosène et de craquer une allumette. Cela aurait été soi-disant plus festif avec un barbecue géant ».

On peut également noter une proximité de scénario entre peur du virus et thèses complotistes d’extrême droite comme celle du « grand remplacement » : « Il faut les empêcher de repartir et les mettre en quinzaine de force. Mais on ne le fera pas et ils vont aller contaminer leurs familles. Leurs amis. La fin de la civilisation. » Des propos qui rejoignent la crainte d’être envahi par l’étranger, voire les zombies !

Ceux qui diabolisent les rassemblements d’aujourd’hui ont tôt fait d’oublier que l’histoire sociale et culturelle de notre société est traversée par bon nombre de genres musicaux et festifs qui sont toujours sortis des marges.

Il ne s’agit évidemment pas ici de justifier l’irrespect vis-à-vis des agriculteurs et de la nature ou de valider les comportements à risque, mais de mettre en parallèle un manque de respect des règles aux violentes réactions qu’il génère. En rappelant que le combat contre le coronavirus est collectif, qu’il passe par la compréhension des différences et que le principe de sécurité rime avec ceux de la tolérance et de la quiétude.

Jean-Marie Dinh avec AFP

Rave-party sur le Causse Méjean. Photo DR

 

 

 

Jean-Marie DINH
Après des études de lettres modernes, l’auteur a commencé ses activités professionnelles dans un institut de sondage parisien et s’est tourné rapidement vers la presse écrite : journaliste au Nouveau Méridional il a collaboré avec plusieurs journaux dont le quotidien La Marseillaise. Il a dirigé l’édition de différentes revues et a collaboré à l’écriture de réalisations audiovisuelles. Ancien Directeur de La Maison de l’Asie à Montpellier et très attentif à l’écoute du monde, il a participé à de nombreux programmes interculturels et pédagogiques notamment à Pékin. Il est l’auteur d’un dossier sur la cité impériale de Hué pour l’UNESCO ainsi que d’une étude sur l’enseignement supérieur au Vietnam. Il travaille actuellement au lancement du média citoyen interrégional altermidi.