De nombreux problèmes attendent une solution et les espèces qui risquent de disparaître sont en quête de protection en Occitanie.


 

La faune sauvage est en danger. Elle fait l’objet de nombreuses menaces, et les événements climatiques ont contribué à la mettre en péril. Dans nos régions, on a pu voir tomber les bébés oiseaux en manque d’eau l’an dernier, pendant la longue sécheresse estivale. Les animaux sauvages ont perdu leurs lieux de résidence durant les graves incendies qui ont détruit plus de 30 000 hectares en France, et il n’y a guère eu de remèdes aux pertes consécutives d’abri et de nourriture.

Sangliers, loups, pigeons : des voisins difficiles à loger et à soigner

Sachant que les sangliers sont nombreux en France, que leur nombre a augmenté suite à l’élevage de l’espèce organisé dans les années 70 — époque où l’on pouvait compter 35 000 abattus contre 20 fois plus (800 000) en 2021 — il n’est pas étonnant de les voir s’installer davantage dans villes et villages, à Montpellier, à La Paillade et à Malbosc. De même pour loups et renards, dont la population cause pas mal d’inquiétudes. Quant aux pigeons, ils font face à des mesures parfois radicales, car si certaines communes tentent de s’organiser pour les stériliser ou diminuer leur reproduction, d’autres n’hésitent pas à les faire abattre à la carabine dans les rues.

D’autres questions interrogent, comme les éoliennes qui ont été placées dans des lieux où elles sont une menace pour les oiseaux, notamment à Aumelas (34) et dans le massif de l’Escandorgue (34). Ont été tuées de nombreuses espèces, dont des faucons crécerellettes, des vautours, et même un aigle royal, ce qui a valu à l’exploitant une condamnation (annulée en février). En France plus de 50 000 oiseaux sont tués chaque année. Divers rapports sont alarmants, sur la disparition de milliards de pollinisateurs, et sur la perte de 30 % des oiseaux. L’évolution est constante, une perte de 90 % des perdrix en 40 ans, de 550 000 couples d’alouettes en 20 ans, et surtout le râle des genêts (roi caille) en perte de 97 % des mâles. Les pesticides sont toujours visés, mais il ne faut pas oublier la diminution importante du paysage, des bosquets, des haies, des mares. La prolifération des lapins de garenne autour de Mauguio est un sujet d’actualité ces jours-ci, car c’est une menace pour la production agricole, et la solution n’est pas encore trouvée entre l’élevage du petit gibier et sa destruction… par l’armée. Si ce lapin finit par être classé nuisible.

 

 

Le Centre de la Faune Sauvage de Villeveyrac (34) est fermé maintenant depuis des mois, faute de financement. Crédit photo LPO

 

Espèces protégées ou pas, de nombreux animaux sont menacés et blessés car mal installés ou situés dans des lieux à risques. Malheureusement les centres d’accueil des animaux blessés ne sont guère nombreux.

Vivre ensemble avec les animaux sauvages, un combat de tous les jours

L’association régionale « Nature en Occitanie » et son pôle « Médiation Faune Sauvage » ont tracé la route dès 1969, en faisant appel aux acteurs locaux, mais la situation est actuellement plus que difficile, et le Pacte vert 1» de 2023 s’achève cette année.

Cohabitation, quand un faucon préfère prendre le frais dans la maison plutôt que la chaleur dans la rue. Crédit photo Altermidi M.F.

Il y a des lieux d’accueil pour les animaux dans le Sud, mais ils sont peu nombreux, à Millau le Centre de Sauvegarde de la Faune Sauvage Caussenard, aux Saintes-Maries un centre de soins au Parc Ornithologique de Pont de Gau, une clinique à l’école vétérinaire de Toulouse, un centre LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) dans le Tarn. On compte des projets avec La Belette dans le Lot, La Charbonnière dans les P.O.… Mais les plus importants sont ceux de Laroque et de Villeveyrac, dans l’Hérault.

Le Centre LPO de la Faune Sauvage de Villeveyrac fait l’objet de graves préoccupations, obligé de fermer l’an dernier, promettant de rouvrir en 2026, et finalement dans l’incapacité de le faire. Existant depuis 2012, il recevait 100 à 200 appels quotidiens et accueillait en soins 20 à 50 animaux par jour. Cela correspond à l’accueil de 30 000 animaux, soit 250 espèces ; 200 bénévoles y ont œuvré, tandis qu’une demande des formations nécessaires a été sans cesse renouvelée. La situation régionale, aggravée par sécheresse et incendies, est toujours aussi inquiétante, les animaux sont dans l’abandon, le centre et les responsables ne sont plus joignables. Son bilan 2025 mérite l’attention : État 40 000 €, Région 18 000 €, Département et collectivités locales 11 000 €, Dons et mécénat 55 000 €. Il manquait 110 000 €, et au bout de plusieurs mois ces fonds n’ont pas été trouvés, le problème financier qui monte à 220 000 € n’a pas été résolu. Dans son magazine de mars-avril, Sète Agglopôle Méditerranée publie un nouvel appel de la LPO au soutien des collectivités, aux dons, au mécénat.

La cohabitation est une idée qui fait son chemin
C’est le printemps des naissances. Les bébés hérissons sont recueillis à Laroque. Crédit photo Goupil

À Laroque, l’aventure continue au Centre de la Faune Sauvage fondé par Goupil Connexion et la vétérinaire Marie-Pierre Puech, toujours aussi déterminée, même si le fait d’être désormais le seul accueil possible sur l’Hérault ne facilite pas la tâche. « Être au plus près de ceux qui souffre », c’est son projet, et il faut continuer l’éducation, partager les compétences, coopérer. Elle veut « une humanisation nouvelle », sur une voie « Vie libre ». Marie-Pierre Puech est une des quatre femmes présentées dans le film Animus Femina d’Eliane de Latour, sorti en janvier, qui évoque la destruction du vivant et interroge : Comment retrouver le chemin d’une cohabitation heureuse. « L’animal peut nous sortir de la barbarie », c’est un combat. Il se poursuit car Marie-Pierre Puech a acquis en octobre 2023 le Domaine de Nicouleau à Brissac, et sur ces 77 ha elle compte monter un projet hospitalier et pédagogique, un art de vie, une école créative. N’oublions pas que l’hôpital de Laroque, jumelé avec le GREFA (le plus grand Hôpital Faune Sauvage d’Europe), a accueilli depuis 2008 28 000 animaux.

La cohabitation est une idée fondamentale, une notion censée faire réfléchir, un principe de vie commune. Lucie Yrles et Maëlle Kermabon, qui ont œuvré une dizaine d’années à la LPO de Villeveyrac, ont fondé en 2019 une association intitulée Cohab, à Prades-sur-Vernazobres (34). Il s’agit pour elles de sensibiliser à la protection de la faune proche et d’apporter des solutions concrètes aux aménageurs de projets urbains (nichoirs, écuroducs, corridors écologiques…). Les deux amies, qui aiment grimper aux arbres, sont passées naturellement du soin à la prévention. Elles travaillent dans un écosystème pour modifier l’environnement qui accueille moineaux, martinets, hérissons, écureuils, chauve-souris, et la petite faune va loger dans des nichoirs, des briques aménagées. On repense le quotidien ! Si leur mission est de conserver la faune et de trouver des solutions faciles et concrètes, ce n’est pas si simple : « Pour protéger, il faut connaitre et comprendre ! »

Quelles seront les nouvelles étapes ? Le chemin sera long, car vivre ensemble, entre monde urbain et espace naturel, ce n’est pas qu’une question d’habitat. Modifier l’environnement, c’est changer les habitudes, les distances et partager des mondes. Des démarches qui ont toujours été présentes dans les milieux zoologiques, et toujours actuelles.

Michèle Fizaine

Sujet à suivre.

Prochain article dans Altermidi : Les métamorphoses du zoo de Montpellier

Photo 1. La canicule de l’été a fait mourir des centaines d’hirondelles, à 50° sous les toits. Crédit photo Altermidi M.F.

 

Notes:

  1. le Pacte vert est une feuille de route environnementale présentée en 2019 par la Commission européenne, qui vise à rendre le continent climatiquement neutre en 2050. Depuis 2024, l’UE a cependant procédé à certains ajustements des textes adoptés. la Commission explique se concentrer sur la mise en œuvre du Pacte vert, mais a également proposé plusieurs aménagements aux textes adoptés qui repoussent leur application ou réduisent leur champ d’application.
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J’ai enseigné pendant 44 ans, agrégée de Lettres Classiques, privilégiant la pédagogie du projet et l’évaluation formative. Je poursuis toujours ma démarche dans des ateliers d’alphabétisation (FLE). C’est mon sujet de thèse « Victor Hugo et L’Evénement : journalisme et littérature » (1994) qui m’a conduite à écrire dans La Marseillaise dès 1985 (tous sujets), puis à Midi Libre de 1993 à 2023 (Culture). J’ai aussi publié dans des actes de colloques, participé à l’édition des œuvres complètes de Victor Hugo en 1985 pour le tome « Politique » (Bouquins, Robert Laffont), ensuite dans des revues régionales, et pour une série de France 2 en 2017. Après des études classiques de piano et de chant, j’ai fait partie d’ensembles de musique baroque et médiévale, formée aux musiques trad occitanes et catalanes, au hautbois languedocien, au répertoire de joutes, au rap sétois. Mes passions et convictions me dirigent donc vers le domaine culturel et les questions sociales.