Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, a créé la surprise en annonçant son intention de se porter candidat aux élections sénatoriales de septembre 2026. Une décision qui, bien que préparée en coulisses, laisse sa majorité régionale désorientée et relance les spéculations sur l’avenir politique de la région.


 

Une annonce inattendue et un timing troublant

C’est presque par inadvertance que l’information aurait dû être officialisée. Lors de la séance plénière du conseil régional, le 10 avril à Marseille, Renaud Muselier n’a finalement pas prononcé le discours préparé pour formaliser sa candidature, prétextant avec légèreté : « J’ai oublié. » Un moment qui contraste avec l’onde de choc provoquée quelques jours plus tôt par son annonce. Le 8 avril, via une lettre adressée aux adhérents de son microparti « Nos territoires d’abord » et plusieurs entretiens dans la presse, l’élu marseillais a confirmé son intention de briguer un siège au Sénat, dans le cadre du renouvellement des huit sièges des Bouches-du-Rhône.

À 66 ans, celui qui dirige la région depuis 2017 affirme vouloir porter au Sénat « le combat contre les extrêmes » à l’approche de l’élection présidentielle. Il réfute toute idée de fuite face à une éventuelle montée du Rassemblement national lors des prochaines élections régionales, prévues en 2028. « On m’a toujours prédit les défaites, j’ai toujours ramené les victoires », assure-t-il, en dépit de certains revers passés, notamment face au socialiste Eugène Caselli en 2008.

 

Une majorité fragilisée

Dans les rangs de la majorité régionale, l’annonce a suscité incompréhension et inquiétude. Le silence de Muselier lors de la séance plénière, alors même que le sujet agitait déjà les esprits, a renforcé le malaise. Une élue confie anonymement son étonnement face à une situation jugée « incroyable ». Le départ du président pourrait en effet rebattre les cartes politiques locales, d’autant qu’aucune transition claire n’a encore été formalisée.

Cette décision intervient également dans un climat délicat, marqué par des tensions autour de l’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2030. Renaud Muselier avait lui-même évoqué une situation « irritante » dans la gouvernance du projet. Malgré cela, il a esquissé le nom d’un possible successeur : « François de Canson »1, qu’il décrit comme doté de « beaucoup de qualités ». Une désignation informelle qui ne suffit pas, pour l’heure, à dissiper les incertitudes.

Des réactions mesurées sur le terrain

Dans les Alpes du Sud, où les enjeux liés aux JO 2030 sont particulièrement sensibles, les réactions restent prudentes. Arnaud Murgia, proche de Muselier, minimise la portée de ce départ, estimant qu’il ne remet « en rien » en cause la dynamique du projet olympique. En quittant la présidence de la région PACA, Renaud Muselier tourne une page entamée en 2017 et consolidée par sa réélection en 2021. Il présente désormais le Sénat comme un nouveau front politique majeur, une « mère des batailles » dans un contexte national marqué par la polarisation.

Reste à savoir si ce pari stratégique renforcera son influence politique ou s’il ouvrira une période d’instabilité durable au sein de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Notes:

  1. Le maire de La Londe et 3ᵉ vice-président de la Région en charge du développement économique, de l’attractivité, du tourisme et de la prévention des risques majeurs, est désigné par le président sortant comme son successeur.