La célèbre pastourelle du XIIIème siècle est une comédie musicale médiévale revisitée, ouverte à tous, à Fontfroide, Montpellier et Sylvanès
Campagne et montagne, moutons et bergère font partie de l’univers musical d’un répertoire médiéval et traditionnel, dont Le Jeu de Robin et Marion du trouvère Adam de la Halle est une des œuvres les plus célèbres. Elle est considérée comme « la première comédie musicale » – ou opéra-comique – du patrimoine occidental.
Des amours d’aujourd’hui dans un monde pastoral
Voilà que le printemps fait refleurir l’amour des pastoureaux dans une création de La Camera delle Lacrime qui donne à cette restitution une tonalité très ouverte et très actuelle. Après leur précédente grande aventure du Livre Vermeil de Montserrat, Bruno Bonhoure et La Camera se consacrent à un nouveau projet qui tient à cœur à l’artiste, car son enfance a été bercée par une histoire de berger, celle de son père. Envoyé tout jeune garder les vaches dans le Cantal, celui-ci avait une voix puissante qui lui permettait d’échanger en chantant avec d’autres gardiens de troupeaux à travers la montagne, sans forcément les rencontrer.
Cette communication unique, cette « adresse à l’inconnu » par le chant, a inspiré Bruno Bonhoure qui songeait à l’aventure amoureuse médiévale… En 2004 la superbe version théâtralisée et dansée par ses amis italiens de l’ensemble Micrologus, avec Patrizia Bovi dans le rôle féminin (1), a relancé son envie de créer cet univers, d’imaginer l’« histoire revisitée d’un amour médiéval ».
Bruno Bonhoure insiste sur l’importance du rôle principal, qui va être interprété par la soprano Clémence Montagne : « Marion est au centre et plusieurs éléments sont en « jeu », la jeunesse, la résistance au patriarcat, la force d’un groupe face au pouvoir ». Car Marion aime Robin, et résiste au chevalier Aubert, mais ses amis ont un rôle important : « C’est notre époque, une intensité partagée, comment résister à l’absurde, croire en l’espoir ». Comme Robin est émouvant mais pas vraiment héroïque face à Aubert ou face au loup, les amis ont à gérer les problèmes. L’idée a été de présenter un Jeu qui n’est pas une reconstitution, mais correspond à un geste de transmission.
« Vivre la musique médiévale au présent »

Le voyage vers notre époque a été riche en étapes. Outre le travail d’adaptation du texte ancien en français moderne, des parties relatives au déroulé dramatique ont été insérées, entre narration et récitatif, retrouvant le sens poétique et drôle qui caractérise cette œuvre : ce n’est pas de l’amour courtois. Ce passionnant travail d’écriture a été réalisé par Khaï-Dong Luong dans l’idée d’une dynamique actuelle, audacieuse et captivante. Les voix se succèdent, commentent, mais ce n’est pas un conte, ce sont aussi des ressentis, des échanges. Le groupe des compagnons est donc essentiel, et appelle à un chant collectif. On n’oublie pas les principaux interprètes, Bruno Bonhoure, Clémence Montagne, ainsi que Stéphanie Petibon et Ronaldo Lopes, mais aussi Sissy Zhou, qui joint son gu zheng (cithare chinoise) aux instruments médiévaux, psaltérion, luth et théorbe. Leur rencontre musicale évoque les échanges lointains, les découvertes du monde, comme celles de Marco Polo à la même époque, et l’instrument convoque les symboles universels, le vent, l’eau… la nature et les émotions intérieures.
L’adaptation comprend l’essentiel de l’œuvre d’Adam de La Halle, et à ses airs célèbres s’ajoutent quelques chants traditionnels, et même un souvenir nocturne de Dalida ! Dans la troisième partie « La Rencontre avec Robin et Le Déjeuner sur l’herbe » domine l’ensemble collectif, les chanteurs scolaires ou amateurs vivent des aventures personnelles, et leur « compagnie » a un rôle essentiel.
« Venez danser ! » dit Marion… et surtout chanter !
L’aventure commence dans le cadre des Journées Européennes de Musique Ancienne, avec le Centre International des Musiques Médiévales, mais aussi pour fêter avec l’ONU l’« Année internationale du pastoralisme et des pâturages ». La Camera delle Lacrime est en résidence le 28 mars à l’abbaye de Fontfroide, près de Narbonne, et y donne son premier concert le 29 à 18 h (2). Ensuite à Montpellier, le 31, deux concerts sont prévus, à la Maison des Chœurs de Montpellier, Place Albert 1er, le premier à 15 h avec la « compagnie » des élèves du Collège Fontcarrade et la classe de l’Ensemble-Ecole CIMM 2026, le second à 19h, et chacun peut y participer en venant à la répétition qui a lieu de 17 à 18 h (3). Puis transhumance vers l’Aveyron, où le concert sera donné à l’Abbaye de Sylvanès, tout d’abord le 17 avril pour une représentation scolaire, car depuis décembre une quarantaine d’élèves de 5ème du collège de Belmont-sur-Rance sont associés au projet, puis le 18 à 21 h pour tout le monde (4). L’échange avec le public promet d’être joyeux et ludique. Bienvenue aux nouveaux bergers !
Michèle Fizaine

(1) L’enregistrement d’un CD en a été fait en juin 2004, sous le label Zig-Zag Territoires.
(2) Tarif à partir de 19 €. www.fontfroide.com
(3) Participation : inscription après adhésion au CIMM. 06 95 10 65 71. production@cimmedieval.org
(4) Tarifs 15 et 10 €. www.sylvanes.com
Photo1. Bruno Bonhoure et La Camera delle Lacrime explorent les mélodies anciennes sous un jour contemporain. Crédit Photo yanncabello







