À Montpellier, une récente intervention du Groupement de sûreté résidentielle inter-bailleurs (GSRI) révèle une dérive inquiétante. « Avec le soutien de la mairie de Montpellier, le GSRI est devenu un instrument de violence et d’intimidation » dénonce la LDH.
Communiqué de la Ligue des Droit de l’Homme (LDH)
Le GSRI se comporte comme une milice armée, disposant d’armes de catégorie D1 et de chiens entraînés à intervenir. Cette agence de sécurité privée est financée par plusieurs bailleurs sociaux : ACM Habitat, FDI Habitat, CDC Habitat Social, Erilia, SFHE, Sète Thau Habitat et Promologis, ainsi que par la mairie de Montpellier. Son fonctionnement et ses prérogatives sont encadrés par les articles L614-1 à L614-6 du Code de la sécurité intérieure (CSI).
En tout état de cause, les agents d’intervention ne sont pas soumis au contrôle de l’autorité judiciaire, et ils ne disposent ni de pouvoirs de police, ni de la légitimité d’une force publique. Or, à plusieurs reprises, la LDH de Montpellier a été informée de plusieurs situations où ces agents, qui n’ont aucun pouvoir régalien, ont forcé des personnes à se déplacer, procédé à des fouilles, exigé des identifications, et même agressé physiquement des habitants. Ces actions arbitraires et déshumanisantes ne peuvent rester ignorées.
Cette dérive s’inscrit dans le continuum sécuritaire instauré par la loi Sécurité globale, qui confère aux entreprises de sécurité privée des prérogatives hors sol, rapidement traduites en abus, violences et interventions hors cadre légal.
Les missions du GSRI se limitent à protéger les biens et les personnes dans des lieux déterminés, conformément à l’article L613-1 du CSI, tout en respectant scrupuleusement les droits humains et la liberté de circuler.
Récemment, un arrêté préfectoral a autorisé des agents de sécurité privée à exercer sur la voie publique dans le quartier d’Aiguelongue. Des dérapages ont été constatés : lors d’une intervention le 24 février, plusieurs citoyens ont été victimes d’une interpellation musclée, incluant plaquages ventraux et autres violences physiques. Ces méthodes, disproportionnées et intimidantes, dépassent largement le cadre légal et déontologique du GSRI.
Lorsqu’un habitant filme calmement la scène depuis une distance sûre, une agente s’interpose physiquement pour bloquer la caméra, sans motif légal, et exige qu’il « quitte la zone ». Ce geste constitue un excès de pouvoir manifeste, violant les articles R631-4, R631-5 et R631-7 du Code de la sécurité intérieure, et bafoue le droit fondamental de filmer dans l’espace public.
Plus grave encore, cette agente, et plusieurs autres lors de l’intervention, agissent le visage intégralement dissimulé par une cagoule, ce qui est interdit et puni par la loi, contrairement à ce que le GSRI affirme dans plusieurs entretiens médiatiques.
Par ailleurs, le GSRI fabrique un récit victimaire pour légitimer ses violences, alors que les habitants sur place réfutent ces justifications et apportent des éléments contraires. Le GSRI justifie ces violences par la lutte contre le narcotrafic. Or, la lutte contre le narcotrafic ressort des missions de la police nationale, sous le contrôle de l’autorité judiciaire, et non de sociétés de sécurité privées.
Nous affirmons que les pratiques du GSRI constituent une dérive démocratique inacceptable. La sécurité ne peut devenir un instrument de violence, de peur et de soumission des habitants des quartiers.
La LDH Montpellier affirme que la sûreté de tous ne repose pas sur des sociétés de sécurité privée et demande que des moyens humains non répressifs (gardiens d’immeuble, personnels d’espaces verts, travailleurs sociaux) soient privilégiés. Nous appelons les citoyens, associations et institutions à observer, dénoncer et contester toute dérive qui menace les droits fondamentaux et l’espace démocratique.
Photo. La brigade de sécurité du logement social à Montpellier en octobre 2023. Photo DR
Voir aussi : Liberté d’expression: Montpellier en fête contre la loi « sécurité globale » – Montpellier : « Premier jour d’une reconquête du droit des citoyens » – Sécurité globale Décryptage : En marche vers la surveillance généralisée ? –







