De retour du Liban sous les bombes Chrystèle Khodr est l’invitée du Théâtre Joliette ce vendredi. La forces de la création, Silence, ça tourne, est de donner à penser l’impensée. À partir des témoignages et des faits, Chrystèle Khodr fait surgir la mémoire du massacres du camp de réfugiés palestiniens de Tel Al-Zaatar et, au-delà, la répétition des tragédies qui hantent le Moyen-Orient depuis la Nakba. Face aux morts, aux disparus et aux silences, demeure une question vertigineuse : comment vivre avec cela ?
Silence, ça tourne. Une pièce percutante intégralement baignée dans le réel. La comédienne et metteuse en scène libanaise Chrystèle Khodr donne à revivre le siège et les massacres du camp de réfugiés palestiniens de Tel Al-Zaatar en 1976 à Beyrouth. Elle le fait en s’attachant au destin particulier d’une infirmière suédoise, qui y œuvrait et y survécut, meurtrie de plein fouet.
La grande force de Silence, on tourne est celle de la mise à distance, qui déjoue les pièges (im)médiatiques. La pièce orchestre un entrelac d’apports archivistiques, enregistrements d’époques, témoignages ensuite recueillis, narration en seconde main par la comédienne seule en scène. La scénographie semble évoquer le volume précaire d’un abri de camp, tout encombré de brassées de bandes magnétiques de magnétophone, avec l’apparence d’un or pauvre.
Il est jusqu’à la surabondance des sous-titres, pour provoquer un effet paradoxal de submersion de la matière historique, mais aussi de création d’un vide mental quand la lecture à l’écran dispute l’action au plateau. Car Silence, ça tourne ne cède à aucune facilité d’un récit qui serait juste héroïque, ni pathétique. Silence, ça tourne orchestre un matériaux réflexif complexe. En découle sobrement une prolongation de l’histoire, un demi-siècle après les faits. Le plus saisissant est alors la perception du contexte : Eva Ståhl, infirmière suédoise, n’était pas une humanitaire des temps actuels, mais une militante communiste internationaliste, à une époque où l’espérance palestinienne faisait écho à un soulèvement révolutionnaire planétaire des peuples en quête d’émancipation. Vietnam en tête.
C’est cela qui s’entend de bout en bout dans Silence, ça tourne, quand il était question d’oppresseurs et d’opprimés, d’impérialisme et de résistance, sans qu’une question communautaire, ou religieuse, ou néo-libérale généralisée, aient alors pris le dessus. Force de l’histoire.
Gérard Mayen
Au Théâtre Joliette Vendredi 20 mars 2026 à 19h petite salle en coprogrammation avec La Biennale des écritures du réel. Spectacle en arabe surtitré français à partir de 15 ans.
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