Fidèle à la distance que nous prenons à l’égard du combat politique pour accéder au pouvoir, altermidi ne se désintéresse pas pour autant des enjeux électoraux. Dans un contexte d’incertitudes internationales et nationales qui se répercutent fortement sur la vie locale, nous avons souhaité interroger autrement l’engagement politique municipal.

C’est dans cet esprit que nous avons choisi d’aborder la campagne municipale sous un angle volontairement inattendu : celui du rire. Non pas un rire cynique ou moqueur, mais le rire comme phénomène humain fondamental, révélateur de liberté, de lucidité, de distance, mais aussi de lien. Nous avons envoyé ce court questionnaire aux candidat.e.s des trois métropoles de notre zone de diffusion, Marseille, Montpellier et Toulouse.


 

Rire en politique

 

Riez-vous souvent ?
Régulièrement. Mais très rarement à gorge déployée.

Qu’est-ce qui a déclenché votre dernier éclat de rire ?
J’avoue ne plus m’en souvenir…

Depuis votre engagement politique, votre rapport au rire a-t-il évolué ?
Disons que la vie publique constitue un terrain assez fertile pour trouver des occasions de rire. Et parce que les fonctions que j’exerce sont sérieuses dans une actualité qui n’est pas toujours joyeuse, je considère le rire comme une respiration très utile, même si on ne peut la programmer à la manière de la construction de mon agenda quotidien. Dans un tel contexte, le rire est toujours le bienvenu.

L’autodérision vous semble-t-elle nécessaire pour exercer des responsabilités publiques ? Pourquoi ?
C’est même indispensable.
Le péché premier d’un homme politique c’est l’orgueil, le sentiment d’autosatisfaction. L’autodérision ou la faculté de se moquer de soi même est donc un sain exercice.
Je considère ma fonction élective comme un service à rendre aux autres. Il est donc important de ne pas d’auto célébrer.
Aussi, savoir, de temps en temps, se moquer de soi même s’avère une prise de distance pertinente.

Vous est-il arrivé d’utiliser l’humour pour désamorcer une tension ou un conflit ?
Oui bien sûr. L’humour permet de relativiser une situation tendue, de prendre un biais face à un blocage. Mais il faut le pratiquer à bon escient, pas systématiquement. Bref, l’humour exige de la diplomatie.
Quand je préside le conseil municipal de Toulouse ou le conseil de la Métropole, on y passe la journée entière, et c’est l’occasion de débats qui, à certains moments, sont très tendus voire virulents.
Aussi, quand je peux faire, en conseil, de l’humour, ou un jeu de mots, je ne m’en prive pas. Ça détend l’atmosphère et mes collègues apprécient plutôt, y compris parmi mes opposants, même s’ils ne l’avoueront pas…

Existe-t-il, selon vous, des limites à l’humour en politique ? Où les placez-vous ?
Oui. Bien sûr ! La limite, c’est le respect fondamental auquel a droit toute personne. Jamais il ne faut humilier qui que ce soit.

Le rire vous aide-t-il plutôt à dire une vérité, à créer du lien, ou à prendre du recul face aux difficultés ?
Un peu de tout cela à la fois. Mais le rire ne fonctionne pas comme une machine que l’on programme. Son charme réside dans sa spontanéité, dans le fait qu’il surgit de façon inattendue au moment propice.

Quelle place le rire occupe-t-il dans votre conception de l’engagement politique et dans votre manière d’exercer vos responsabilités ?
Je mentirais si je vous répondais qu’il occupe une place centrale. Mais c’est un agrément qui vient régulièrement enjoliver un univers tantôt austère, tantôt conflictuel. C’est un trait d’humanité qui provoque des convergences fugitives. Et ça fait du bien !