Quelle place le rire occupe-t-il dans votre conception de l’engagement politique et dans votre manière d’exercer vos responsabilités ? C’est l’une des huit questions que nous avons fait parvenir à tous.tes les candidat.e.s aux élections à Marseille, Montpellier, et Toulouse.


 

Fidèle à la distance que nous prenons à l’égard du combat politique pour accéder au pouvoir, altermidi ne se désintéresse pas pour autant des enjeux électoraux. Dans un contexte d’incertitudes internationales et nationales qui se répercutent fortement sur la vie locale, nous avons souhaité interroger autrement l’engagement politique municipal. Les tensions, la montée des radicalités, la défiance et l’accélération des débats publics peuvent parfois enfermer chacun dans des logiques de système, réduire l’écoute et fragiliser la qualité du dialogue.

Une œuvre du théâtre de Ionesco, à laquelle nous faisons référence dans le dossier sur le rire du prochain altermidi Mag, a montré à travers une métaphore célèbre combien le conformisme, l’habitude et l’affaiblissement du langage peuvent conduire à une forme de renoncement individuel. Sans transposer directement cette fiction1 à la réalité politique, elle nous rappelle combien il est essentiel de préserver l’esprit critique, la liberté intérieure et la capacité à rester pleinement humain lorsque la pression collective s’intensifie.

C’est dans cet esprit que nous avons choisi d’aborder la campagne municipale sous un angle volontairement inattendu : celui du rire. Non pas un rire cynique ou moqueur, mais le rire comme phénomène humain fondamental, révélateur de liberté, de lucidité, de distance, mais aussi de lien. Le rire peut désamorcer les crispations, ouvrir un espace de vérité, ou simplement permettre de respirer dans l’exercice de responsabilités exigeantes.

Nous avons envoyé un court questionnaire aux candidat.e.s des trois métropoles de notre zone de diffusion, Marseille, Montpellier et Toulouse. On notera que peu d’entre eux nous ont répondu2. Sans en déduire que ces candidats manquent d’humour, ils n’ont visiblement pas trouvé le temps pour cela. Il est probable que certain.e.s ont pu se dire qu’évoquer la question du rire en politique ne jouerait pas en faveur de leur crédibilité, ou encore que la question du rire en politique s’avère finalement bien difficile.

Dans le champ social comme dans le champ politique, le rire semble assez peu considéré, voire rejeté parfois, pour lui préférer la compassion, la condescendance. Pourtant sous l’angle du rire subversif, politiquement incorrecte, du clown (fou du roi) ou sous celui du rire comme nécessité vitale, au service de la cohésion sociale, le rire demeure dans l’air du temps.

 

Visuel. Maître de 1537 ou Frans Verbeeck. Portrait d’un bouffon lors de l’exposition « figures du fou » au Louvre.

Notes:

  1. Le Rhinocéros
  2. Les candidat.e.s peuvent encore nous faire parvenir leur réponse jusqu’au 20 mars.
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Après des études de lettres modernes, l’auteur a commencé ses activités professionnelles dans un institut de sondage parisien et s’est tourné rapidement vers la presse écrite : journaliste au Nouveau Méridional il a collaboré avec plusieurs journaux dont le quotidien La Marseillaise. Il a dirigé l’édition de différentes revues et a collaboré à l’écriture de réalisations audiovisuelles. Ancien Directeur de La Maison de l’Asie à Montpellier et très attentif à l’écoute du monde, il a participé à de nombreux programmes interculturels et pédagogiques notamment à Pékin. Il est l’auteur d’un dossier sur la cité impériale de Hué pour l’UNESCO ainsi que d’une étude sur l’enseignement supérieur au Vietnam. Il travaille actuellement au lancement du média citoyen interrégional altermidi.