La condamnation du maire d’Orange et d’une députée RN pour détournement de fonds publics met à mal le discours de « bonne gestion » de l’extrême droite, au moment où le parti accélère sa stratégie municipale dans le sud de la France.


 

Le vernis de respectabilité que le Rassemblement national tente d’imposer dans les municipalités qu’il convoite se fissure une nouvelle fois. La condamnation du maire d’Orange, Yann Bompard, figure montante de la Ligue du Sud et allié de l’extrême droite, vient rappeler une réalité trop souvent occultée : gouverner une ville sous bannière identitaire ne garantit ni la probité, ni l’exemplarité tant revendiquées par les candidats RN.

Ce lundi, le tribunal correctionnel de Marseille a condamné Yann Bompard, maire d’Orange, et Marie-France Lorho, députée RN du Vaucluse, à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire pour détournement de fonds publics. Yann Bompard écope également de 18 mois de prison avec sursis. Une décision lourde de conséquences politiques, à quelques mois des élections municipales, qui empêche de facto le maire sortant de se représenter.

Les faits sont graves. Il est reproché à Yann Bompard d’avoir occupé un emploi fictif d’assistant parlementaire de Marie-France Lorho entre novembre 2022 et février 2023. L’Assemblée nationale, à l’origine de la plainte, évalue le préjudice à près de 75 000 euros. À cela s’ajoutent, pour la députée RN, des faits de recel de détournement de fonds publics et de subornation de témoin. Dans son jugement, le tribunal a rappelé que leur statut « d’élus de la République » impliquait « un devoir d’exemplarité exacerbé ». Une exigence manifestement bafouée, au point que la présidente du tribunal a estimé que les deux prévenus n’étaient « pas aptes à exercer leurs fonctions, et ce dès aujourd’hui ». Difficile, dans ces conditions, de continuer à donner des leçons de morale politique.

Cette affaire intervient alors que le Rassemblement national intensifie sa stratégie de conquête municipale, notamment dans le sud de la France. À Marseille, le parti tente un coup politique en alignant Franck Allisio face au maire sortant Benoît Payan. À Nîmes, où l’ex-maire de Beaucaire et eurodéputé RN Julien Sanchez, profite d’une droite divisée pour tenter de s’emparer de la métropole, à Toulon ou encore dans l’arrière-pays varois, les candidats RN adoptent une posture désormais bien huilée : discours sécuritaire, promesses de « retour à l’ordre », obsession de la propreté urbaine.

 

Le RN face à ses contradictions

 

Derrière la rhétorique de la « ville propre et sûre », se dessine une autre réalité : celle d’une politique de nettoyage social, où la pauvreté, la précarité et les populations marginalisées sont traitées comme des nuisances à effacer plutôt que comme des enjeux à résoudre. La propreté vantée n’est pas celle de la gestion publique, mais celle des trottoirs débarrassés des indésirables.

Pour les prochaines municipales, le RN prévoit de présenter au moins 650 listes, un record qui témoigne de son ambition et d’un maillage territorial en nette progression. Depuis 2014 et 2020, le parti administre déjà une dizaine de communes, comme Fréjus, Perpignan ou Hénin-Beaumont. Longtemps cantonné au rôle de force protestataire, il cherche désormais à se présenter comme un parti de gouvernement local, capable de gérer des budgets, d’administrer des services publics et d’assurer la sécurité.

Mais que vaut réellement cette promesse de « bonne gestion » lorsque les affaires judiciaires s’accumulent ? Orange n’est pas un cas isolé, mais un symptôme. Il ne suffit pas de proclamer la vertu pour être vertueux. Les condamnations, les soupçons d’emplois fictifs, les détournements de fonds publics et autres dérives viennent régulièrement rappeler que l’extrême droite, une fois aux responsabilités, n’est ni plus propre ni plus exemplaire que les autres — et parfois moins.

À l’approche des municipales, la gestion locale est présentée par le RN comme son principal atout électoral. Elle pourrait bien devenir son talon d’Achille. Car l’exercice du pouvoir, lui, ne se juge pas aux slogans sécuritaires ni aux postures martiales, mais aux faits. Et les faits, à Orange comme ailleurs, racontent une histoire bien différente de celle que le RN aimerait imposer.

Photo. Le maire d’Orange, Yann Bompard, sur le banc du Tribunal de Marseille. Photo AFP

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