Dans le rapport que vient de publier la Fondation de France sur l’isolement des Français.e.s, le  taux d’isolement des jeunes explose. Les 15-30 ans sont particulièrement touché.e.s. Plus de la moitié ont un sentiment d’abandon, d’exclusion ou d’inutilité et 21% se disent isolé.e.s.


 

La France à peur, les français.e.s vont mal, c’est ce qui vient à l’esprit à la lecture de l’étude annuelle de la Fondation de France sur l’isolement de la population. Les conséquences de la crise sanitaire continuent de se faire ressentir dans le pays. On le constate en milieu urbain : alors que les décorations de Noël brillent de tous leurs feux, l’ambiance n’est pas vraiment à la fête dans la population. Faut-il y voir le résultat des restrictions des libertés publiques dont le gouvernement a fait la règle ? Toujours est-il que le martelage quotidien de message anxiogène et infantilisant et les différents confinements, couvre-feux, et mesures de distance prises pour endiguer la pandémie de coronavirus ont eu un fort impact sur les résultats de cette étude. Cette dernière a été réalisée par le Crédoc, le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie. Pour cette étude, 3 328 personnes de 15 ans et plus ont été interrogées en ligne entre le 22 décembre 2020 et le 16 janvier 2021.

 

24 % de la population est en situation « d’isolement relationnel »

 

La première conclusion de l’étude à retenir est qu’un.e français.e sur quatre est isolé.e, c’est-à-dire que 24 % de la population est en situation « d’isolement relationnel ». Ce taux est en augmentation de 10 points par rapport à janvier 2020. Il faut également ajouter à cela un autre chiffre : 30 % des français.e.s n’ont plus qu’un seul réseau de sociabilité.

Selon la Fondation de France, sont considérées comme « objectivement isolées, les personnes ne rencontrant jamais physiquement les membres de l’ensemble de leurs réseaux de sociabilité (famille, amis, voisins, collègues de travail ou des activités associatives) ou ayant uniquement des contacts très épisodiques avec ces différents réseaux ». L’organisme ajoute que cette définition « ne prend pas en compte les relations au sein du ménage (entre conjoints, avec les enfants ou les autres personnes vivant au domicile) ».

 

Plus d’un jeune sur deux a un sentiment d’abandon

 

Entre les confinements, les couvre-feux, la fermeture des restaurants, bars et autres lieux de culture, notre moral a été mis à rude épreuve et les possibilités de sorties ont été grandement réduites. Elles ont eu également comme conséquence le fait d’isoler certain.e.s français.e.s, notamment les jeunes, soit les 15-30 ans d’après l’étude. Les chiffres sont particulièrement parlant.

54 % des jeunes ont un sentiment d’abandon, d’exclusion ou d’inutilité contre 35 % pour la moyenne générale. 21 % des 15-30 ans sont en situation d’isolement, soit une augmentation de 9 % en un an. La hausse est particulièrement impressionnante. D’après la fondation, entre 2020 et 2021, le taux d’isolement des jeunes est passé de 12 % à 21 %. « Cette progression fait suite à une tendance de long terme observée depuis 2010 chez les moins de trente ans. En 2010, seuls 2 % des 18-29 ans étaient en situation d’isolement relationnel contre 4 % en 2014. » Depuis 2016, l’isolement des 15-30 ans continue sa rapide et forte progression.

Source : Credoc et Fondation de France

 

46 % des 15-30 ans ont maintenu des contacts réguliers avec leur famille ou leurs amis depuis le début de la crise. 33 % des jeunes expriment un sentiment de solitude, soit une augmentation de cinq points en un an. À la question « Vous arrive-t-il de vous sentir seul.e ? », 33 % des 15-30 ans ont donc répondu « tous les jours ou presque » et « souvent » contre 24 % chez les 31-39 ans.

 

 

« Pour le nouvel an, j’ai rien fait, je suis restée toute seule dans ma chambre »

 

 

La crise sanitaire est depuis le début particulièrement difficile à vivre pour les étudiant.e.s, selon la fondation. « Tou.te.s les jeunes s’accordent à dire que le suivi des cours en distanciel a été particulièrement difficile à vivre. Les apprentissages ont été ralentis et les risques de décrochage scolaire ont augmenté. »

Le rapport est notamment enrichi par le témoignage de certain.e.s jeunes comme Claire, une étudiante de 20 ans qui vit chez ses parents avec sa sœur : « J’ai eu 20 ans cet hiver, je n’ai pas fait la fête. Mes parents ont accepté que ma meilleure amie vienne à la maison, mais elle a dû respecter un isolement strict avant de venir. Pour le nouvel an, je n’ai rien fait, je suis restée toute seule dans ma chambre. »

Les jeunes ont diminué leurs contacts avec tous leurs réseaux : amical (- 17 points entre 2020 et 2021) ; familial (- 14 points) ; associatif (- 4 points) ; professionnel (- 3 points). Seuls les contacts de voisinage ont connu une croissance, avec une hausse de 4 points.

 

Moins de rencontres physiques, plus de numérique

 

Alors que les contacts physiques ont baissé, les contacts numériques ont considérablement augmenté, notamment chez les 15-30 ans. Par exemple, 39 % d’entre eux avouent avoir été « plus souvent qu’avant la crise » en contact avec leurs proches en visioconférence contre 32 % pour la moyenne des Français.e.s. Pour les échanges vocaux, comme le téléphone, ce chiffre est de 38 % chez les jeunes contre 33 % pour la moyenne.

Enfin, la Fondation de France ajoute que « les jeunes isolé.e.s connaissent davantage de difficultés que les autres personnes isolées sur le plan financier, de l’emploi et du logement. Ces difficultés ont été amplifiées par la mise à l’arrêt d’une grande partie de l’économie en 2020, les emplois des jeunes étant particulièrement concernés ».