La gratuité des transports et le budget d’orientation budgétaire étaient au menu du Conseil de Montpellier Méditerranée Métropole, vendredi. En rupture avec le train-train métropolitain, la nouvelle majorité veut agir vite et durablement pour « nous changer la vie ». Mais comment ?


 

Le second Conseil de métropole de Montpellier depuis l’élection de Michaël Delafosse (PS) s’est tenu vendredi 31 juillet. Ici à la différence de Marseille, pas de problème de leadership, le maire de Montpellier est arithmétiquement assuré de la présidence. C’est donc plutôt le cumul des pouvoirs qui peut poser question sur un territoire marqué par l’empreinte impérial et visionnaire du frêchisme et les rivalités entre collectivités. L’ancien maire Philippe Saurel en a fait les frais en s’installant dans une position de gouvernance à distance du débat1.

Homme de parti dont il connaît bien les défauts, Michaël Delafosse a su tout à la fois rester fidèle au PS, saisir l’aspiration citoyenne en terme environnemental et porter proposition pour sortir l’intercommunalité d’une logique paralysante. Dès son arrivée, le nouveau maire a annoncé être à la recherche d’un consensus communautaire à partir d’accords négociés sur les objectifs de l’action publique2. Une semaine après leur élection, les vingt vice-présidents de la métropole ont vu leurs missions officialisées.

 

Le totem de la gratuité

 

Vendredi, la gratuité des transports urbains pour les habitants de la métropole, premier dossier à l’ordre du jour, a donné l’occasion de mettre à l’épreuve les consensus entre élus sur un sujet de poids. Le Conseil devait également voter le rapport d’orientation budgétaire dans un contexte plombé par les incertitudes économiques. L’impact de la crise sanitaire est estimé à 8,3 millions d’euros de dépenses supplémentaires pour la métropole, auxquels s’ajoutent entre 8 et 11 M€ de perte de produit de taxe liée au chômage partiel, 1,7 M€ de perte de taxe de séjour et 0,8 M€ imputables aux mesures de gratuité liées à la covid-19 décidées par la majorité précédente.

Autant dire que le coût important de la gratuité des transports estimé par le premier vice-président, Renaud Calvat, à 42 millions d’euros s’est légitimement posé. Le fer a été porté par Max lévita. Élu depuis 1983, celui que l’on surnomme « le sage des finances municipales » a participé à l’aventure Frêche, avant d’assurer le rôle de vigie des finances de la ville sous Hélène Mandroux puis Philippe Saurel. Se drapant de sa bonne réputation — il a toujours gérer les budgets avec précaution et lègue une situation financière équilibrée — le retraité de l’Éducation nationale s’est évertué à démontrer que la collectivité n’était pas en mesure de couvrir le coût de la gratuité des transports.

Face à cette affirmation, la nouvelle majorité s’est exprimée dans sa diversité. Cela a donné lieu à une série d’arguments pour expliquer, comme l’a fait Le président du groupe Communiste et Républicain, Hervé Martin, que « la politique ce n’est pas des mathématiques, c’est de la dynamique. […] Nous sommes convaincus que les transports doivent être le prochain service public gratuit national, comme l’éducation, comme la santé ». Ou encore le maire LFI de Grabels, René Revol, vice-président en charge de la gestion de l’eau, qui s’est interrogé sur l’orientation à prendre en termes de politique sociale dans le contexte alarmant qui se dessine : « Attention à ne pas ajouter de la crise à la crise. […] Nous devons travailler sur un passage de l’austérité à la responsabilité. […] Aujourd’hui, nous sommes dans le siècle du changement climatique. Et nous avons une responsabilité, le transport en commun doit être gratuit, il doit permettre à tous d’exercer leur mobilité et de pouvoir contribuer à la fois à la transition écologique et à la justice sociale. » Pour Julie Frêche, vice-présidente déléguée aux transports et à la mobilité, la gratuité des transports est le totem d’un changement de modèle pour la gestion de la mobilité. Un chantier plus vaste, dont le programme « Mobilités Actives », fait partie des sept grandes orientations du mandat.

La politique de gratuité des transports publics sur le réseau Tam a finalement été votée avec la mise en œuvre d’une première phase de gratuité : le week-end, à partir du 1er septembre. Dans un second temps, l’étape 2 s’effectuera sur des critères d’âge et de situation socio-professionnelle. La gratuité totale est programmée d’ici la mi-mandat.

 

Sortir du consensus mou entre élus

 

Sous l’angle de l’économie classique, les lendemains ne semblent pas très optimistes pour les collectivités. Ils dépendent notamment de discutions en cours avec l’État sur les compensations. Mais la nature même des échanges qui se sont tenus à la métropole signe un retour du débat politique qui avait depuis longtemps déserté cet hémicycle. Comme l’ont souligné Renaud Calvat et Julie Frêche, il faudra prendre le temps d’affiner les chiffres sur la question financière. Reste que, fort de la dynamique démographique, le budget consolidé 2020 de la métropole, voté lors de cette séance, représente 1,350 milliards d’euros dont 680 millions d’euros d’investissement. Il concentre l’essentiel des moyens d’investissement au niveau local, indispensables pour faire face aux défis de l’avenir sur les plans social, sanitaire, économique et climatique.

Le temps est venu de sortir du consensus mou entre élus, qui s’opère, à l’abri du regard des citoyens, sur la base du plus petit dénominateur commun. À ce titre, Michaël Delafosse a évoqué les coûts résultant de « non choix » comme l’augmentation du coût global de traitement des déchets de 9,7 M€ par rapport à 2019, résultant de la fermeture du centre de traitement de Castrie.

Les codes de langage et les modèles de pensée du discours économique, qui tiennent lieu d’étendard et aboutissent à ce qu’une majorité de personnes en vient à penser la même chose en dépit de tout entendement, ne faciliteront pas la reprise pas plus qu’ils ne feront face à la crise de l’emploi. En cette période incertaine, les arbitrages politiques sont essentiels.

Le nouveau maire de Montpellier saisit la possibilité d’une recomposition de la gauche en ralliant différentes composantes autour de la responsabilité publique des élus, qu’elle soit sociale, économique ou environnementale. L’axe proposé s’articule autour d’une gouvernance partagée qui devra convaincre les citoyens du bien-fondé de la démarche, en s’attaquant notamment aux effets délétères de la crise démocratique qui fait le lit du Rassemblement national. La question du débat et de la circulation de l’information publique devront remplacer avantageusement celle de l’investissement dans la communication politique.

 

L’espoir de renouveau vibre

 

« Accompagner la relance, protéger de la crise impose la mobilisation et l’agilité sur les territoires », indique le président de la métropole qui prône une approche keynésienne pour soutenir l’investissement. « Il faut retrouver une temporalité d’action pour donner de la visibilité aux entreprises afin quelles puissent répondre aux appels d’offres et aux commandes du secteur privé. Nous sommes au rendez-vous sur l’attractivité économique du territoire ».

Le modèle démocratique et novateur initié devra être à toute épreuve car il risque d’être fragilisé par des facteurs externes, comme la résistance des élus locaux, le chômage ou la politique gouvernementale.

La nouvelle équipe sera jugée sur sa crédibilité — elle doit se montrer capable de créer des emplois, d’assurer la croissance économique et de mener une politique respectueuse de l’environnement — ainsi que sur sa capacité à gouverner de manière responsable, à débattre avec les citoyens et à faire entendre la voix de la métropole en Europe et dans le bassin méditerranéen.

Pour l’heure, l’ambiance dynamique d’une équipe à l’écoute et d’une opposition rajeunie rafraîchit la politique locale. L’espoir de renouveau vibre avec un sentiment de libération qui rappelle un peu l’année 1981, mais pour remettre en cause les certitudes actuelles et les vieilles lunes, cette énergie va devoir se concrétiser dans les faits.

 

Jean-Marie Dinh

 

 

Le conseil de Montpellier Méditerranée Métropole du 31 juillet 2020

Notes:

  1. Élu en 2008 après avoir démissionné du PS, Philippe Saurel avait bâti sa campagne sur une dynamique citoyenne ni droite ni gauche, fustigeant le fonctionnement des partis politiques. Mais six ans plus tard, en tant que maire sortant, le discours de Philippe Saurel n’avait ni la nouveauté, ni le caractère disruptif qui avaient caractérisé sa première campagne. En tant que maire en exercice, son message politique a porté sur la poursuite des travaux en cours et non sur une rupture avec le système politique qu’il avait contribué à cloisonner dans la seconde partie de son mandat.
  2. « Modifier l’approche politique est un chantier de taille qui nécessite des changements profonds. Je crois qu’il est nécessaire de construire une société de responsabilité et pour cela il faut qu’on permette à chacun des acteurs d’assurer des responsabilités. » Entretien altermidi 27 juin 2020
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Après des études de lettres modernes, l’auteur a commencé ses activités professionnelles dans un institut de sondage parisien et s’est tourné rapidement vers la presse écrite : journaliste au Nouveau Méridional il a collaboré avec plusieurs journaux dont le quotidien La Marseillaise. Il a dirigé l’édition de différentes revues et a collaboré à l’écriture de réalisations audiovisuelles. Ancien Directeur de La Maison de l’Asie à Montpellier et très attentif à l’écoute du monde, il a participé à de nombreux programmes interculturels et pédagogiques notamment à Pékin. Il est l’auteur d’un dossier sur la cité impériale de Hué pour l’UNESCO ainsi que d’une étude sur l’enseignement supérieur au Vietnam. Il travaille actuellement au lancement du média citoyen interrégional altermidi.