Le 7 avril, Marine Le Pen dînait avec une partie du grand patronat. Le 20 avril, Jordan Bardella a déjeuné avec le bureau exécutif du Medef.

La scène se répète avec une banalité déroutante. Alors que s’affiche désormais sans fard le rapprochement entre l’extrême droite et une fraction des élites économiques, une évidence s’impose : le patronat français rejoue un scénario déjà vu. Comment ne pas penser alors aux années 1930, lorsque les milieux d’affaires avaient largement contribué à porter les régimes fascistes et nazi au pouvoir ?
C’est cette bascule que documente Laurent Mauduit, spécialiste des liens entre pouvoir politique et milieux d’affaires, journaliste et cofondateur de Mediapart. Il a publié plusieurs enquêtes marquantes, dont La Caste (2018) et Prédations (2020) aux Éditions La Découverte.
Dans son dernier livre : Collaborations. Enquête sur l’extrême droite et les milieux d’affaires (2025), il suit le fil d’un monde économique qui, des salons feutrés de l’Ouest parisien jusqu’aux PME de province, voit une occasion historique pour l’extrême droite : celle d’imposer un capitalisme toujours plus autoritaire, inspiré de Trump, Musk ou autre Milei ; celle de saper les contre-pouvoirs ; celle de faire taire les résistances.
Ce livre n’est pas seulement une enquête : c’est une alerte. Une alerte sur la réactivation d’un vieux schéma historique : quand le capitalisme entre en crise, une partie des élites se tourne vers l’autoritarisme pour préserver ses intérêts, quitte à rouvrir la cicatrice de Vichy. Le livre de Laurent Mauduit regarde en face ce qui se prépare : une alliance old fashion entre capital et autoritarisme qui remet au goût du jour les pires compromissions historiques. Car la collaboration n’a jamais été un accident : c’est un choix.


