Sur terre vous serez nos yeux, ce sont eux notre sécurité quand nous serons en mer ! Cette phrase répétée à l’envie lors de cette très belle journée du 4 Avril, d’abord à L’Estaque puis à l’avant port du vieux port de Marseille devant le MUCEM, pour le départ des 20 Bateaux de la Thousand Madleens et de la Freedom Flottilla Coalition Française. Dans cette magnifique journée de lutte solidaire, altermidi a rencontré un sacré paquet de belles personnes qui ont accepté de raconter une part de leur présence, de leur engagement de leur souhait de réussite !


 

La Thousand Madleens (TM) existe depuis juin 2025 ; après une tournée sur les côtes françaises de popularisation de leur existence et de leur projet de repartir vers Gaza, les 18 bateaux se sont installés sur le port de l’Estaque, après Port Saint-Louis-du-Rhône, pour préparer leur navigation. Pendant plusieurs semaines leur chantier a été totalement soutenu, encouragé par la population marseillaise, et dans la ville de l’Estaque on a pu voir fleurir les banderoles aux couleurs de la Palestine en soutien des flottilles. Nourris et soutenus spontanément par la population, les équipages et les citoyen.ne.s ont vécu une formidable aventure humaine aux couleurs de la mobilisation pour la Palestine.

Tino raconte que, pour lui, l’âme de ce projet c’est d’avoir un objet concret d’action dont tout le monde peut se saisir dans une diversité qui est assez rare à trouver dans le milieu militant. Devant l’impasse des méthodes, des actions, cette mobilisation a permis une énergie collective de personnes qui ne se connaissaient pas, dans un fonctionnement horizontal où chacun.e peut être autonome et décisionnaire avec une transmission de savoir faire, des cercles de connaissance, de compétence et de travail où chacun.e est responsable de ce qu’il ou elle entreprend. La mer devient un moyen d’action pour un but commun qui nous permet de nous réveiller et de lutter contre les impérialismes, les frontières qui tuent, le capitalisme : pour l’autodétermination des peuples !

On apprend que sur chaque bateau il y a autour de 8 personnes dont 2 ou 3 marin.e.s et que chaque voilier a un thème qui a été déterminé par un questionnaire rempli pour postuler. On retiendra les femmes, l’éducation, la presse, les prisonniers, l’agriculture, l’enfance, la pêche, l’écologie, la santé, le droit au retour… Chaque bateau est représentatif de la société civile.

Au 18 bateaux de la TM se rajoutent deux bateaux de la Freedom Flottilla Coalition. Dans une rencontre avec C. Léostic, responsable française, on apprend que c’est la flottille originelle internationale à laquelle participaient les USA, les pays européens et l’Asie qui a envoyé 37 bateaux depuis 2010. Après 2011, où il y avait deux bateaux de la campagne française, celle-ci s’est un peu endormie, mais son activité a repris puisqu’elle a pu armer deux bateaux complètement citoyens avec l’implication de 35 organisations. Il est important de préciser que chaque flottille est indépendante même si elles se retrouveront et navigueront ensemble en Méditerranée.

Nous rencontrons Azur qui s’occupe de la communication à terre et insiste également sur le fait d’avoir prise matériellement sur les situations dans le cadre de la solidarité internationale. Il raconte dans la continuité de la génération Climat, la génération Gaza résolument décoloniale. Depuis la deuxième vague des flottilles, Gaza a permis d’ouvrir un prisme beaucoup plus large de réflexion et d’actions internationales, par exemple la question du Sahara occidental. La guerre médiatique contre la propagande est essentielle, la mobilisation à terre est centrale pour protéger et relancer le soutien à Gaza. D’ailleurs, sur le site de l’Estaque nous avons produit une gazette d’information.

Jour du départ de la flottille, conférence de presse . Crédit Photo altermidi Brigitte Challande

Avant le départ il y a eu une conférence de presse à l’Estaque, puis au Mucem, où chaque intervenant.e a précisé les objectifs de leur délégation, 20 dans le monde et 35 organisations dont des syndicats. Après un rappel général de la situation en Palestine, au Liban, en Iran et au Soudan, l’affirmation de ne pas être complice de la situation est affirmée. Au moment même où les gouvernements faillissent, les peuples et les mouvement citoyens se dressent pour être à la hauteur de leurs responsabilités dans un mouvement internationaliste, antifasciste, pour la libération et l’autodétermination de tous les peuples.

Ce qui se passe là-bas nous concerne, il s’agit d’un système global d’oppression contre les peuples, la flottille est un outil à associer aux autres mobilisations massives à terre. Cette mission est dangereuse, vos yeux sont notre sécurité ! Suivront la Coalition pour la flottille de la liberté (FFC) qui rappelle la complicité de nos dirigeants, le NPA, Solidaires, l’UJFP qui insiste sur le brin d’espoir comme marque de la société civile que représente les flottilles, et la CGT 93 qui a financé un bateau et insiste sur la nécessité et le devoir d’agir syndicalement à travers la représentation de tous les pans de la société.

Le Centre Culturel Embarqué (CCE) souligne les attaques sémantiques du gouvernement français au travers de la loi Yadan prochainement proposée au vote de l’Assemblée Nationale. La conférence sera conclue par la prise de parole du représentant du collectif d’habitant.e.s de L’Estaque qui raconte la solidarité immédiate, efficace dès les premières heures sur ce quai qui mérite d’être rebaptisé «  Quai de Gaza ». Un instituteur a fait avec ses élèves une chanson pour Gaza !

Un petit tour sur le bateau du CCE amarré sur le dénommé « Quai de Gaza ». J’y retrouve un artiste qui propose à tous les bateaux un projet de « Marathon Photo » en temps réel, donc ce jour du 04 avril, en lien avec des personnes du camp de Aïda en Cisjordanie, de Gaza et de Tunis. Des thèmes de prises de vue autour des quatre couleurs du drapeau de la Palestine, des regards croisés sur le principe du simultané de différentes provenances : en rouge, vert, blanc et noir qui seront affichés en direct.

Sur leur bateau je m’assoie un moment aux côtés d’Edmond, auteur de Bandes Dessinées et sans doute le navigateur le plus âgé des flottilles avec ses 84 printemps. Il dessine tranquillement ce qu’il voit, le bateau à la thématique des prisonniers amarré contre celui du CCE. Son histoire raconte des livres portraits de personnes rencontrées tout au long des frontières, autour de la thématique des migrants avec un tropisme pour la Méditerranée car notre culture vient de là, devenir spécialiste sans l’être ! Donner le portrait fait aux personnes en échange d’une question : quel est votre rêve ? Quel rêve avez-vous pour votre pays ?

A Marseille, la société civile affirme de ne pas être complice de la situation. Crédit photo altermidi. Brigitte Challande

Quelques temps après, juste avant le départ des bateaux vers le Mucem, arrive la caravane des montpélliérain.ne.s en vélo ! Parti.e.s de Montpellier quelques jours avant, ils et elles ont traversé la Camargue à grands coups de pédales pour venir assister au départ de Thousand Madleen !

Aux alentours de 13 heures, c’est à grands coups de pétards, fusées, fumigènes et mots d’ordre que partiront un à un les vingt bateaux en direction de la darse du Mucem où ils seront accueillis par des milliers de personnes. Pendant les prises de paroles nombreuses dont celle de M. Bompard qui affirme que les flottilles sauvent l’honneur de la France et que les protéger relève de notre responsabilité, on relèvera la décision qui suit :

« Si l’on touche à la flottille on bloquera tout, contre le déferlement de la marée brune seules les sociétés civiles peuvent lutter contre les complicités et faire plier les gouvernements ! »

Brigitte Challande

Brigitte Challende
Brigitte Challande est au départ infirmière de secteur psychiatrique, puis psychologue clinicienne et enfin administratrice culturelle, mais surtout activiste ; tout un parcours professionnel où elle n’a cessé de s’insérer dans les fissures et les failles de l’institution pour la malmener et tenter de la transformer. Longtemps à l’hôpital de la Colombière où elle a créé l’association «  Les Murs d’ Aurelle» lieu de pratiques artistiques où plus de 200 artistes sont intervenus pendant plus de 20 ans. Puis dans des missions politiques en Cisjordanie et à Gaza en Palestine. Parallèlement elle a mis en acte sa réflexion dans des pratiques et l’écriture d’ouvrages collectifs. Plusieurs Actes de colloque questionnant l’art et la folie ( Art à bord / Personne Autre/ Autre Abord / Personne d’Art et les Rencontres de l’Expérience Sensible aux éditions du Champ Social) «  Gens de Gaza » aux éditions Riveneuve. Sa rencontre avec la presse indépendante lui a permis d’écrire pour le Poing et maintenant pour Altermidi.