Gaza est à bout de souffle dans l’ombre de la guerre en Iran. L’ONU a envoyé une alerte le 11 Mars pour affirmer que le système de santé est au bord de la rupture, les évacuations médicales suspendues, pénurie de carburant, les gazaoui.e.s continuent d’être assassiné.e.s, en silence, Gaza reste isolée !


 

Une brève histoire des flottilles pour Gaza

Depuis 2007, la bande de Gaza est soumise à un blocus strict imposé par Israël. Dès 2008 les premières flottilles prennent la mer pour briser le blocus et apporter de l’aide humanitaire à Gaza, les deux premiers bateaux du Free Gaza Movement atteindront Gaza, tous les suivants — 2010, 2011, 2015, 2018, 2023, 2024, 2025 — seront interceptés illégalement dans les eaux internationales par Israël. En 2010 le Mavi Marmara, un bateau turc, sera attaqué par l’armée israélienne, il y aura 9 morts.

À partir de 2023, un génocide d’une ampleur inimaginable accompagné d’un blocus meurtrier ravage la bande de Gaza. Face à l’inaction de nos gouvernements, des organismes internationaux et l’absence totale de respect du droit international établi par ces mêmes gouvernements, il ne reste que le réveil citoyen et la force des peuples pour contester l’axe américano-israélien qui terrorise toute une région et menace la sécurité et la stabilité mondiales par ses ambitions impérialistes.

Le mouvement des peuples du monde s’amplifie

Plusieurs flottilles prennent la mer entre 2023 et 2024, mais surtout une marche mondiale vers Gaza prend la route en juin 2025, 4 000 participant.e.s venus du monde entier tentent d’atteindre pacifiquement le passage de Rafah : la plus grande action citoyenne jamais entreprise pour briser le blocus israélien. Une nouvelle flottille suivra début septembre avec une cinquantaine de bateaux, mais ce mouvement ne s’arrêtera pas là, chaque interception, arrestation, incarcération, blocage provoque une convergence encore plus puissante des énergies et des projets citoyens pour briser enfin le siège illégal de Gaza.

Plusieurs flottilles partiront ce mois d’Avril, altermidi a rencontré celle de la Global Sumud Flottilla. Adrien a été naviguant sur la flottille de septembre après avoir fait la marche du Caire, et Hélène qui a aussi participé à la marche du Caire s’occupe des levées de fonds et de la mobilisation citoyenne à terre pour la GSF.

La dernière flottille en septembre 2025. Photo Enzo Pianetti


Quand et pourquoi la GSF s’est-elle formée ?

A et H : « La GSF s’est constituée en Égypte après la grande marche internationale sur Gaza, elle représente la convergence des peuples de plus de 100 pays, donc elle est internationale et s’est organisée à partir du constat que puisqu’on ne peut pas y aller par la terre on ira par la mer, ce qui n’empêche pas un convoi terrestre de résistance également. Ce convoi partirait d’Algérie. Nous sommes un mouvement non violent de désobéissance civile qui se bat pour les respects du droit international et qui va se doter d’une organisation et d’une coordination plus ample, car c’est ça la clef du succès !

Nous utilisons nos corps, notre citoyenneté, nos passeports, tous nos privilèges qui nous obligent à une responsabilité citoyenne. Effectivement nous sommes plus libres, moins susceptibles d’être attaqués et c’est de notre responsabilité que de nous engager afin de peser sur nos États incompétents… C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’un mouvement non violent naît à l’extérieur d’un pays.

Dans ce mouvement il y a des palestinien.ne.s qui ne vivent pas en Palestine en ce moment ou qui sont de la diaspora, et la GSF est en lien permanent avec des associations palestiniennes. D’ailleurs le point de départ était aussi de répondre à la demande des ONG de créer et d’ouvrir un corridor humanitaire pour qu’elles puissent passer. On ne brisera pas le blocus par la force mais politiquement en faisant pression sur tous les gouvernements dont nous sommes issus pour qu’ils agissent, enfin ! C’est ce qui s’est passé lors de la dernière flottille avec l’Italie qui est allée jusqu’à nous accompagner et nous protéger pendant deux jours. Les flottilles peuvent déclencher des actions diplomatiques de par le monde, on l’a vu avec l’Espagne, la Belgique et même la Colombie qui a kidnappé et viré les ambassadeurs et diplomates israéliens. »

Il y a plusieurs mouvements de flottille, vont-elles se coordonner ?

A et H : « Effectivement nous sommes au moins trois mouvements, la Freedom Flottilla Coalition (FFC) la première la plus ancienne avec laquelle nous avons des liens organisationnels, et la Thousand Madleens to Gaza (TMTG) dont les groupes sont plutôt en France. Ils sont en train d’appareiller les bateaux au port de l’Estaque près de Marseille d’où ils partiront. Actuellement il y a des discussions à Tunis pour que, amarrés dans des ports différents, les trois mouvements partent ensemble et se retrouvent en mer. Cela représente plus de 100 pays, autant de bateaux et de naviguant.e.s, nous allons organisé un  “momentum” [élan], un moment clef pour faire du bruit autour de nos départs ! »

Comment ça se passe sur les bateaux et quelles sont les difficultés ?

A et H :  « Le contexte général, dans l’ombre de la guerre en Iran, est compliqué pour la mobilisation ; le mouvement de soutien à la Palestine est un peu en sourdine, il faut faire avec ça, c’est plus difficile de mobiliser… Sinon nous sommes soumis.e.s à de nombreuses lenteurs administratives, des difficultés pour avoir les visas, des pressions organisationnelles dans les ports, bref des bâtons dans les roues pour nous compliquer les choses mais nous sommes tenaces !

Sur un bateau il y a beaucoup de temps passé aux entraînements rapportés à toutes les situations d’attaques auxquelles on sera confronté, il faut se préparer au pire. Dans cette nouvelle flottille, comme il y a soi-disant un cessez-le-feu à Gaza, nous envisageons de débarquer des personnes qui resteront là-bas, des enseignant.e.s, des médecins, des éco-constructeurs, des psychiatres, toutes professions dont la solidarité sera efficace et qui resteront à Gaza. C’est sur un bateau hôpital que ce projet se met en place avec même une salle d’opération. Mais il est important de faire appel à la solidarité financière car les difficultés sont nombreuses, vous ne pouvez peut-être pas partir mais vous pouvez nous aider à partir ! Nous partirons de Barcelone qui est actuellement un pays plus sûr. »

 

On se souvient de nos discussions avec Abu Amir lors de la flottille de septembre, Zakaria Bakr, le délégué du mouvement des pêcheurs, était sur la plage pour scruter l’horizon et apercevoir une voile ! La mobilisation massive de l’armée israélienne pour arraisonner tous les bateaux avait même permis aux pêcheurs d’aller en mer tranquillement quelques heures !

Ci-dessous l’extrait d’un des multiples messages laissés dans toutes les langues sur les boucles de discussion de la GSF :

« Tandis qu’Israël et les États-Unis bombardent des civils iraniens, Israël poursuit son génocide à Gaza et renforce son blocus meurtrier. Et alors que nous nous apprêtons à retourner à Gaza, notre mission pacifique envoie un message fort : nous ne reculerons pas face au terrorisme d’État, quelle que soit l’étendue de son impunité. Ensemble, nous pouvons mettre fin au siège illégal d’Israël. Rejoignez-nous, sur terre ou en mer ».

Brigitte Challande

Brigitte Challende
Brigitte Challande est au départ infirmière de secteur psychiatrique, puis psychologue clinicienne et enfin administratrice culturelle, mais surtout activiste ; tout un parcours professionnel où elle n’a cessé de s’insérer dans les fissures et les failles de l’institution pour la malmener et tenter de la transformer. Longtemps à l’hôpital de la Colombière où elle a créé l’association «  Les Murs d’ Aurelle» lieu de pratiques artistiques où plus de 200 artistes sont intervenus pendant plus de 20 ans. Puis dans des missions politiques en Cisjordanie et à Gaza en Palestine. Parallèlement elle a mis en acte sa réflexion dans des pratiques et l’écriture d’ouvrages collectifs. Plusieurs Actes de colloque questionnant l’art et la folie ( Art à bord / Personne Autre/ Autre Abord / Personne d’Art et les Rencontres de l’Expérience Sensible aux éditions du Champ Social) «  Gens de Gaza » aux éditions Riveneuve. Sa rencontre avec la presse indépendante lui a permis d’écrire pour le Poing et maintenant pour Altermidi.