Nous publions la lettre ouverte d’Attac France adressée au président de la République, qui dénonce une atteinte grave à l’indépendance des institutions. En nommant Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, après son passage au ministère du Budget, Emmanuel Macron est accusé de créer un conflit d’intérêts manifeste et de fragiliser un contre-pouvoir essentiel.

La nomination d’Emmanuel Macron fait l’effet d’une déflagration. En propulsant Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, le chef de l’État brouille un peu plus la frontière entre pouvoir exécutif et autorité de contrôle. Pour la première fois sous la Ve République, une ministre en charge des comptes publics passe sans transition du ministère du Budget à l’institution chargée d’évaluer… le budget qu’elle a elle-même défendu. Difficile d’imaginer symbole plus éclatant de confusion des rôles.

Dans sa lettre ouverte, Attac France dénonce un « sabordage » en règle et exige le retrait de cette nomination politique. Pour l’association, l’indépendance de la Cour des comptes se retrouve entachée par un conflit d’intérêts manifeste. Au-delà du cas personnel, c’est la crédibilité même des contre-pouvoirs qui serait en jeu, face à ce que l’organisation décrit comme une nouvelle étape dans la mise au pas des institutions. En faisant sauter les verrous démocratiques, le président ouvre clairement la voie à une concentration du pouvoir qui pourrait mener à un régime autoritaire, voire totalitaire.


 

Lettre ouverte à Emmanuel Macron
mercredi 11 février 2026, par Attac France

Ce mercredi 11 février, Amélie de Montchalin a été nommée première présidente de la Cour des comptes par Emmanuel Macron. C’est la première fois de la Ve République qu’une ministre passe directement de Bercy à la Cour des comptes.

 

Monsieur le président,

Vous avez choisi de nommer Amélie de Montchalin, votre actuelle ministre de l’Action et des Comptes publics, au poste de première présidente de la Cour des comptes. Officialisée le mercredi 11 février 2026, cette décision remet en cause l’indépendance de cette institution.

C’est la première fois de la Ve République qu’une ministre passe directement de Bercy à la Cour des comptes. Le risque de conflits d’intérêt est évident : à la tête de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin sera chargée de contrôler le budget 2026 qu’elle a elle-même contribué à élaborer. Mais aussi de certifier les comptes de l’État pour 2025 dont elle est également comptable.

Dès juin 2026, la Cour des comptes présentera son rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques. Elle évaluera ainsi le résultat de l’action…. d’Amélie de Montchalin lorsqu’elle était ministre. Comment penser qu’elle fera preuve de l’impartialité nécessaire ?

Du reste, la nomination d’Amélie de Montchalin est contraire à trois articles de la Charte de déontologie des juridictions financières ayant trait aux préventions des conflits d’intérêts, à l’indépendance, et à l’impartialité de l’institution 1.

Cette nomination, fait du prince, est d’autant plus problématique que le mandat de première présidente de la Cour des comptes est inamovible et irrévocable jusqu’à l’âge de 68 ans. Amélie de Montchalin pourrait donc occuper son poste… jusqu’en 2054 !

Cette nomination s’inscrit dans un contexte préoccupant de verrouillage des institutions indépendantes par vous et vos proches. Ainsi en 2023, Gilbert Cette, un de vos soutiens de la première heure, a été nommé à la tête du Conseil d’orientation des retraites (COR) pour remplacer Pierre-Louis Bras, qui avait remis en cause les discours alarmistes du gouvernement d’Élisabeth Borne sur la santé financière du régime de retraites.

En 2025, vous avez nommé Richard Ferrand, lui aussi un de vos fidèles, à la présidence du Conseil constitutionnel. Un poste qu’il devrait occuper jusqu’en 2034. Amélie de Montchalin est donc la troisième de vos proches à être nommée à la tête d’une institution indépendante au cœur du fonctionnement de l’État.

D’autres pourraient suivre puisque Emmanuel Moulin, actuel secrétaire général de l’Élysée, est pressenti pour remplacer François Villeroy de Galhau à la tête de la Banque de France (jusqu’en 2032), et Marc Guillaume est annoncé pour la vice-présidence du Conseil d’État, poste qu’il occuperait jusqu’en 2036.

Le verrouillage de ces institutions, dont l’indépendance est une condition nécessaire au bon fonctionnement démocratique et au respect de l’État de droit, doit cesser.

Nous vous appelons à revenir sur la nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes.

Notes:

  1. « En nommant Amélie de Montchalin à sa tête, Macron torpille la Cour des comptes », Mediapart, 10 février 2026.