À un mois du scrutin des 15 et 22 mars, la campagne s’intensifie dans la préfecture des Pyrénées-Orientales. Entre offensive de SOS Racisme, contre-attaque du maire RN et rappels de décisions de justice, la bataille électorale prend un tour politique et symbolique.
À l’approche des élections municipales, le climat se tend à Perpignan. L’association SOS Racisme a lancé une campagne d’affichage appelant à une ville « antiraciste », avec un slogan sans ambiguïté : « C’est Louis ou moi ». Une initiative visant directement le maire sortant, Louis Aliot, élu en 2020 sous l’étiquette du Rassemblement national.
L’édile a rapidement dénoncé « une propagande » et ses partisans ont répliqué par une contre-campagne. Sur leurs tracts, la célèbre main jaune de SOS Racisme est revisitée en bleu-blanc-rouge, accompagnée du message « Touche pas à mon maire », clin d’œil au slogan historique « Touche pas à mon pote ». Pour le RN local, il s’agit de défendre le bilan municipal et de contester toute accusation de discrimination.
De son côté, SOS Racisme affirme constater « une libération de la parole raciste » à l’échelle locale. « Le racisme est un délit et non pas une opinion », rappellent ses représentants, qui regrettent un manque de mobilisation et de plaintes. Le RN des Pyrénées-Orientales réfute ces critiques, assurant que personne ne peut « sérieusement prétendre avoir été victime d’une quelconque discrimination » depuis l’arrivée de Louis Aliot à la mairie.
Le mandat du maire sortant a néanmoins été marqué par plusieurs controverses. En 2022, saisi notamment par la Ligue des droits de l’homme et SOS Racisme, le tribunal administratif a annulé une délibération municipale attribuant le nom de Pierre Sergent à une esplanade du centre-ville. Ancien membre de l’Organisation armée secrète (OAS), condamné à mort par contumace dans les années 1960 pour des faits de terrorisme, Pierre Sergent demeure une figure controversée. Les juges ont estimé que cette dénomination était de nature à heurter la sensibilité du public, malgré la volonté affichée par la municipalité de saluer son parcours de résistant, militaire et écrivain.
Un précédent dans l’affaire des injures visant Christiane Taubira
La question du racisme et de sa reconnaissance avait déjà placé Louis Aliot au cœur d’une controverse nationale. En 2013, après la condamnation d’une ex-candidate du Front national pour avoir comparé la garde des Sceaux Christiane Taubira à un singe, le dirigeant frontiste — alors vice-président du parti — avait vivement critiqué la décision de justice. La candidate avait été reconnue coupable d’injure raciale. Une décision que Louis Aliot avait jugée « extravagante », estimant que les magistrats allaient « au-delà de la réquisition du procureur ». Des propos qui avaient, à l’époque, nourri le débat sur la position du Front national face aux condamnations pour injures raciales et, plus largement, sur la manière dont l’extrême droite appréhende les décisions de justice liées aux discriminations.
Sur le plan électoral, Louis Aliot part favori dans un contexte de division à gauche et de faiblesse d’un candidat de droite concurrent. Mais l’incertitude judiciaire pourrait rebattre les cartes. Impliqué dans l’affaire des assistants parlementaires du RN, il risque, en cas de condamnation assortie d’une peine d’inéligibilité, d’être contraint de quitter son fauteuil quelques mois seulement après une éventuelle réélection.
Dans cette campagne électrique, la mobilisation de la société civile occupe une place centrale. Associations, collectifs et organisations de défense des droits multiplient les initiatives pour peser dans le débat public et rappeler les enjeux liés à la lutte contre les discriminations. En face, l’opposition politique peine à transformer ces contestations en dynamique électorale. Divisée et incapable de s’unir derrière une candidature commune, la gauche ne parvient pas à structurer une alternative crédible, tandis que la droite traditionnelle reste marginalisée. À un mois du scrutin, ce contraste entre activisme associatif et fragmentation partisane pourrait bien laisser le champ libre au maire sortant.







