Le cas des familles résidant au foyer Adoma de la Coudoulière à Martigues, sous le coup d’une OQTF1, pourrait être celui de dizaines d’autres dans le pays.


 

Alertée par la Ligue des Droits de l’Homme, la ville a voté lors du dernier conseil municipal un vœu demandant de surseoir à cette décision, en rappelant notamment, par la voix de Gérard Frau (PCF), adjoint au maire,  que « contrairement aux idées malsaines véhiculées, avec une certaine complaisance médiatique, par l’extrême-droite, celles et ceux qui quittent leurs terres, leur pays, ne le font pas par gaieté de cœur » et que « dans un monde en proie à l’instabilité, à la violence, à la guerre, de très nombreuses personnes sont contraintes de s’exiler, de fuir, de chercher refuges dans des lieux sécurisés ou leurs intégrités morale et physique ne seraient pas menacées ».

En conséquence, la majorité municipale (PCF-EELV-PS et deux élus issus de la France insoumise sans avoir le « label » officiel) considère que « le combat de celles et ceux qui agissent pour que la solidarité puisse toujours triompher sur la haine et le rejet engage nos territoires et nos communes ». Rien ne saurait donc justifier l’expulsion de ces personnes d’origines diverses (tibétaine, ivoirienne, guinéenne, etc.), d’autant que « les recours entrepris par les demandeurs d’asile auprès de la justice sont en cours d’instruction », sans compter le fait que « la situation sanitaire actuelle est plus que préoccupante et que livrer des personnes à elles-mêmes dans la rue serait une décision irresponsable ». Le vœu de la ville de Martigues réclame donc qu’une « solution stable et humaine permettant le relogement des demandeurs d’asile soit proposée et trouvée avant toute intervention de l’ordre public ».

Situations complexes

C’est aussi pour tenter de remédier à ces situations, bien plus complexes pour les exilé-é-s que certains veulent bien le croire, que la nouvelle association Maison de l’Hospitalité a tenu son assemblée générale constitutive le jeudi 24 septembre à la MJC de Martigues. Avec un mot d’ordre : « Ne laissons personne sans droit ni sans toit ».  Lieu d’accueil des demandeurs d’asile où ils peuvent notamment prendre part à des activités et apprendre la langue française pour les non-francophones, la MJC fait office, pour l’heure, de maison de l’hospitalité.  Et quand une soirée à la jauge limitée à 100 personnes pour cause de Covid accueille HK et ses complices musicien-ne-s, Saïd et Mathilde, pour du théâtre musicalo-ironique (avec des vrais morceaux de discours d’Emmanuel Macron), cela s’annonce plutôt sous de bons auspices. Des vents favorables, exilés et militants2 en auront bien besoin pour faire face aux multiples dimensions de l’accueil de personnes étrangères : permanences juridiques et administratives, soutien psychologique, conseils en matière d’insertion professionnelle, accompagnement à la scolarité pour les enfants, facilitation des démarches, hébergements d’urgence…

La complexité des situations des demandeurs d’asile, c’est aussi la question des « pays sûrs » invoqués par les autorités. L’Albanie est aujourd’hui considérée comme un « pays sûr », tout comme la Guinée dont plusieurs résidents sont originaires. Comment réduire des vies meurtries dont la justice ne sait finalement pas grand chose à des critères qui se veulent « objectifs » ? Personne ne peut prétendre que la Turquie d’Erdogan est un pays sûr pour un militant kurde, et pourtant, Mehmet Yalcin a été expulsé sur décision de la Préfecture de Gironde le 16 septembre. Il a été arrêté en Turquie dès la descente d’avion. Moralité : « pays sûr » ou pas, l’issue peut être la même et il y a toujours une bonne raison pour expulser. Certains pourront même exploiter l’agression commise par un jeune pakistanais sur deux membres de l’équipe de Premières lignes pour refuser tout droit d’asile et tout accueil d’étrangers.

Dans ce contexte, on comprend que les militants associatifs aient aussi besoin d’aide de professionnels. « La LDH a un réseau d’avocats à Aix et Marseille, mais nous espérons avoir des permanences d’avocats à Martigues », précise Georges Fournier, responsable local de la Ligue des Droits de l’Homme. Outre l’aspect juridique, essentiel pour faire aboutir les demandes d’asile, ces problématiques réclament aussi une prise en charge de l’aspect sanitaire. C’est notamment le rôle du Collectif Le Pont (la symbolique a tout son sens dans une ville comme Martigues, entourée d’eau). Formé de professionnels  (infirmières en santé mentale, psychologues, médecins), il travaille en lien avec l’hôpital public de la ville et l’hôpital psychiatrique. « C’est grâce à son intervention qu’on a réussi à faire annuler une OQTF », souligne Georges Fournier.

« C’est la rencontre qui compte »

« Cette maison est une belle initiative mais qui va aussi soulever de la peur, voire de la haine », s’inquiétait une intervenante lors de la soirée de lancement de l’association. Dans un contexte où le gouvernement glisse de plus en plus sur le terrain idéologique de l’extrême droite, en allant jusqu’à reprendre ses formules sur le « séparatisme » et « l’ensauvagement », où des auteurs et éditorialistes font de la surenchère sur les thèmes les plus nauséabonds, l’interrogation est légitime.

Pour Georges Fournier, « une partie des discours publics est discréditée, il y a un soupçon permanent et au-delà des discours qui ne convainquent personne, c’est la rencontre qui compte ». La rencontre qui a permis de désamorcer un possible conflit à l’époque où des familles rroms occupaient un bâtiment désaffecté dans le quartier de Croix-Sainte. D’où la volonté de l’association d’organiser des « rencontres interculturelles » qui pourraient se tenir au café associatif Le Rallumeur d’étoiles. La rencontre, c’est aussi ce qu’a vécu le public ce 24 septembre, en assistant à la prestation scénique de jeunes acteurs et actrices originaires de Syrie, d’Algérie et du Portugal. En français dans le texte. Aidée par une metteure en scène du Théâtre de la mer, à Marseille,  ces jeunes acteurs amateurs appelés Les Lucioles (« parce qu’ils ont les yeux qui brillent »), vivent tous et toutes aujourd’hui dans les Bouches-du-Rhône. Ils joueront la version intégrale de leur spectacle en janvier dans cette même MJC de Martigues. Comme pour démontrer qu’aucune « barrière culturelle » n’est infranchissable. Malgré les démarches « identitaires » et régressives qui s’alimentent les unes les autres.

Morgan G.

 

 

Notes:

  1. obligation de quitter le territoire français
  2. L’association s’appuie sur le Collectif de Solidarité Migrants de Martigues composé de l’Asti, Amnesty International, CCFD-Terre solidaire, Mouvement de la Paix, Réseau Welcome, MJC, Ligue des Droits de l’Homme, Café associatif Le Rallumeur d’étoiles, Réseau Éducation Sans Frontières et de citoyens qui apportent leur aide sans être membres d’une de ces organisations.
M Organ
"Journaliste durant 25 ans dans la Presse Quotidienne Régionale et sociologue de formation. Se pose tous les matins la question "Où va-t-on ?". S'intéresse particulièrement aux questions sociales, culturelles, au travail et à l'éducation. A part ça, amateur de musiques, de cinéma, de football (personne n'est parfait)...et toujours émerveillé par la lumière méditerranéenne"