Un an après la mort de Bilal des suites de sa chute en scooter provoquée par la police, le 24 janvier 2025, jour de marché1, les habitant.e.s, ses ami.e.s et ses proches se sont rassemblé.e.s, samedi au rond-point, lieu du drame, quartier La Faourette.
Un an de douleur, de souffrance, d’incompréhension et de questionnements mais aussi de lutte et de résistance. Un an que la mémoire de Thibault Weninger, dit Bilal, est plus que jamais présente dans le cœur des habitant.e.s, de ses amis, sa famille, son quartier La Faourette. Douze long mois d’une quête de vérité et de justice.
C’est pour honorer la mémoire de ce papa, mécanicien de profession, 34 ans, très apprécié pour son altruisme à Bagatelle comme à La Faourette où il vivait avec son épouse Hanane et leur fillette Assia, 8 ans, que le Comité « Vérité et Justice pour Bilal » a organisé deux jours de mobilisation2 afin que sa mort ne devienne pas « un fait-divers » aussitôt tombé dans l’oubli.
Deux petits chapiteaux accueillent les participant.e.s autour d’un thé à la menthe ou d’un café pour se réchauffer par un temps grisonnant. Gâteaux et bombons sont disposés sur des tables. Ce moment convivial de partage est important pour les militant.e.s infatigables que sont devenus par la force des choses les membres de cette famille dont la vie a basculé en quelques minutes.
Des témoignages accablants
Depuis le début, n’ayant accès ni au dossier ni au rapport d’autopsie ni aux caméras de vidéo-surveillance, les proches de Bilal et leurs soutiens ont occupé le terrain à la rencontre des gens pour recueillir des témoignages. Certains sont accablants : « alors qu’il circule en scooter, un geste porté à son casque par un agent de la police municipale le déstabilise. Dans la foulée, il est percuté à vive allure par un véhicule de la police nationale, sa tête heurte violemment le sol. Grièvement blessé, Bilal appelle à l’aide, témoigne de ses difficultés respiratoires. Pourtant, il est menotté au sol, maintenu sous le poids de plusieurs agents. Privé de soins immédiats, il décède quelques heures plus tard à l’hôpital », rapporte Layla3, belle-sœur de Thibault et porte-parole du Comité « Vérité et Justice pour Bilal ». Quelques jours après ce vendredi 24 janvier 2025, celle qui écrit ces lignes avait rassemblé les paroles d’un témoin sur place le jour où la vie de Bilal a été fauchée, rue de l’Ukraine (La Faourette), affirmant : « la voiture de la police nationale percute Bilal, je le vois voler en l’air, il a tapé sa tête sur le béton. J’étais choqué, tétanisé. »

« Ça fait un an qu’on attend des réponses »
Malgré toutes les attaques4 pour intimider et faire taire la famille et les militant.e.s du Comité, rien ne les aura fait plier. Le rassemblement a lieu sur ce même rond-point à l’angle de la rue de l’Ukraine et de la rue Rozès-de-Brousse rebaptisé en mémoire de Bilal Thibault « Rond-Point Vérité et Justice ». Douceur et tendresse se dégagent d’Hanane qui tient dans ses bras leur enfant Assia. Une famille soudée, debout, et qui tient parce que le Nous relie les êtres dans une seule détermination : faire vérité, obtenir justice. « Votre soutien, c’est notre force, on n’oubliera pas », prévient Hanane. « J’ai essayé de parler à la police qui ne répond pas à mes questions. Je ne comprends toujours pas pourquoi Bilal est mort alors qu’il se préparait à aller à la mosquée, c’est pas normal, ça fait un an qu’on attend des réponses. J’ai perdu un frère, s’il-vous-plaît aidez-nous ! », réclame Salah. Nadia, belle-sœur de Bilal, lance de nouveau un appel : « le parc était bondé ce jour-là autour de l’accident. Une personne m’a dit qu’elle avait une peur viscérale de dire ce qu’elle avait vu, n’ayez pas peur de témoigner. »
« La vraie force commence quand nous nous fédérons »
Également présent, Kouider évoquait, il y a un an, le réveil et la colère de la jeunesse : « Les jeunes comprennent que ça va être un tournant dans la compréhension du système dans lequel on vit. » Layla va dans le même sens : « L’injustice n’est pas un accident mais une mécanique, car dans chaque quartier populaire il y a des Bilal, des jeunes lucides, exigeants, vivants dont l’intelligence dérange et dont on entend trop souvent l’échec plutôt que la reconnaissance. Rendre hommage à Bilal ici aujourd’hui ensemble, c’est rappeler que nos petits-frères, nos grands frères, nos maris, nos enfants ne doivent plus jamais avoir à craindre pour leur vie ou se résigner, baisser la tête ou se dire que cela ne sert à rien de se battre, que les choses sont ainsi. La vraie force commence quand nous refusons d’être invisibles, quand nous nous fédérons et nous mobilisons nos voix (…). »
La mobilisation constante a permis, le 26 mai 2025, l’ouverture par le parquet d’une information judiciaire pour « homicide involontaire et non-assistance à personne en danger » confiée à une juge d’instruction qui devrait prochainement entendre la famille.
Piedad Belmonte
Appel à témoins :
si vous avez vu quelque chose, vous pouvez informer la famille au 07 73 09 34 87.
Les élu.e.s présent.e.s au rassemblement :
Odile Maurin, conseillère municipale indépendante ; Maxime Le Texier, élu de l’opposition Archipel citoyen ; François Piquemal député NFP et candidat aux municipales sur la liste Demain Toulouse ; Christine Arrighi, députée NFP, Inès Goffre-Pedrosa, élue départementale ; François Briançon, candidat Mieux vivre à Toulouse.
Notes:
- Tout le monde l’appelle le marché de Bagatelle, bien que situé dans le quartier La Faourette, les habitué.e.s ayant l’habitude de le nommer ainsi car le métro porte le nom éponyme ; Bagatelle se trouve en face de La Faourette, la rue Henri-Desbals les séparant.
- La veille, une table ronde sur les violences policières avait eu lieu à la Maison de quartier de Bagatelle avec la participation de la LDH, de l’UL CGT Mirail, d’une psychologue, d’un avocat et d’un militant aguerri des quartiers populaires.
- Intervention lors de la soirée du 23 janvier 2026 à la Maison de quartier de Bagatelle.
- Verbalisation des membres du Comité pour distribution de tracts afin de recueillir des témoignages, interdiction par la préfecture d’un rassemblement en ville, dépôts de plainte par la mairie, non respect du secret de l’instruction par le préfet, disqualification du Comité, tentative de salir l’homme qu’était Bilal.







