Cette semaine s’est tenu à Davos le simulacre d’un nouvel ordre international qui exercerait la loi du plus fort, incarné par Trump. Pour qu’elle règne cette loi, il n’y a besoin que d’une seule chose : le silence des autres pays du monde.
Ramy Abou Jamous, journaliste à Gaza écrit : « Il y a un proverbe chez nous qui dit : « Comment es-tu devenu si puissant, pharaon ? – Parce que je n’ai pas trouvé d’opposant ». c’est cette attitude qui crée les tyrans ».
Alors que les points clés du rapport hebdomadaire de l’O.C.H.A ( bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires) au 14/01/26 décrivent dans la bande de Gaza sur le terrain :
« De fortes pluies et des inondations ont rendu des milliers de tentes inhabitables et conduit près de 800.000 personnes, soit près de 40% de la population, dans des sites exposés aux inondations à risque accru. L’UNICEF rapporte que plus de 100 enfants ont été tués à Gaza depuis le cessez-le-feu, soulignant que les enfants restent gravement menacés. L’entrée de l’aide humanitaire a presque triplé depuis le cessez-le-feu, mais les routes endommagées, la capacité de stockage limitée et les restrictions à l’entrée de matériaux continuent d’entraver l’acheminement efficace, la qualité et la durabilité de l’intervention, et l’intervention à plus long terme. »
Notre correspondant Abu Amir, décrit dans un texte ironique et subtil, du 23 Janvier, ce fameux ‘Conseil de la Paix’ et les mutations du système international.
« Le 22 janvier 2026, le monde s’est réveillé sur une nouvelle très réjouissante – du moins aux yeux des décideurs – annonçant la naissance d’un nouvel ordre international à Davos, en Suisse, et non dans la salle de l’ONU ni au Conseil de sécurité, mais dans un forum économique luxueux, où les guerres se discutent autour de tables recouvertes de velours et où la « paix » se façonne entre deux tasses de café. Là, en présence de Donald Trump, l’émergence du « Conseil de la paix » a été pratiquement proclamée : un nom au romantisme si excessif qu’il suscite la méfiance, mais qui, en réalité, ressemble davantage à un conseil d’administration du monde, redistribuant l’influence et redéfinissant qui mérite la paix et qui mérite d’attendre.
Ce qui prête à ironie, c’est que ce conseil a dépassé le mandat limité que lui avait accordé le Conseil de sécurité en novembre dernier, lequel se limitait – théoriquement – à mettre fin à la guerre à Gaza. Or, soudainement, il a décidé de passer rapidement du statut de « médiateur de crise » à celui « d’architecte d’un nouvel ordre mondial », comme s’il s’agissait d’une simple mise à jour logicielle téléchargeable en un clic. Ainsi, les signes de la fin progressive du rôle des Nations unies ont commencé à apparaître, non seulement parce qu’elles ont échoué, mais aussi parce que le monde a tout simplement choisi de les contourner, les laissant à New York agiter des résolutions que plus personne n’écoute. Quant aux puissances absentes de cette noce politique, telles que la Russie, la Chine et certains Européens réservés, elles se sont retrouvées face à une question embarrassante : devons-nous constituer un pôle contrebalançant, ou nous contenter du rôle d’opposants polis qui rédigent des communiqués exprimant une « profonde préoccupation » avant de retourner à leur table ? Le monde, semble-t-il, n’attend plus un consensus international, mais seulement la signature de la partie la plus forte, les autres étant invités à applaudir ou à se taire.
Au cœur de cette scène absurde, l’ONU se tient telle un ancien employé d’une institution privatisée sans en avoir été informé : elle continue de publier des communiqués, de tenir des séances, de rédiger des rapports, tandis que les grands dossiers sont gérés ailleurs. Elle opère depuis son siège à New York, dans un pays qui considère le veto comme un sport national, se retire des organisations internationales quand bon lui semble – de la santé à la culture en passant par les réfugiés palestiniens – puis revient donner au monde des leçons sur « l’ordre fondé sur des règles »…
Mais le véritable spectacle à Davos s’est fait aux dépens de la cause palestinienne, ce jour étant enregistré comme le moment d’une « séparation expérimentale » de la bande de Gaza du corps national palestinien, avec le lancement de l’idée d’un « État de Gaza » sous tutelle américaine, comme si Gaza était une start-up nécessitant un parrain international, et non une terre ayant besoin de libération, de droits et de souveraineté. Soudain, la Palestine a disparu du vocabulaire officiel ; la Cisjordanie et Jérusalem ont été effacées, tandis que le terme « peuple de Gaza » est apparu comme une entité distincte de l’histoire et de la géographie, dans une tentative élégante de fragmenter la cause en petits dossiers faciles à gérer et à négocier pièce par pièce.
Quant à la Cisjordanie, elle a été laissée pour jouer le rôle du figurant silencieux : les colonies s’étendent, les terres sont englouties, de nouvelles cartes sont dessinées sur le terrain, tandis que le monde est occupé à gérer la « paix temporaire de Gaza ». Ainsi, les grandes causes sont liquidées en douceur, non par une déclaration explicite, mais par une négligence délibérée et un oubli calculé. Et si certains pensent qu’il ne s’agit que d’arrangements temporaires pour Gaza, ils se trompent lourdement, car ce qui se passe en réalité, c’est l’enterrement officiel du projet de la solution à deux États, de l’initiative arabe de paix, des résolutions de l’ONU, des déclarations des sommets arabes, et même des décisions des institutions palestiniennes elles-mêmes, devenues des archives politiques plus adaptées à l’exposition qu’à la mise en œuvre.
Quant à la direction palestinienne, elle était absente du Forum de Davos, se contentant peut-être de suivre l’événement sur les écrans, pour découvrir une fois de plus que miser sur la « légitimité internationale » ressemble à miser sur un train qui n’arrive jamais, mais qui continue à vendre des billets. Le nouveau monde ne reconnaît pas tant les résolutions qu’il ne reconnaît les faits accomplis, et il ne respecte pas le droit autant qu’il respecte l’équilibre des forces. Les déclarations de Trump et de son gendre Jared Kushner ont, comme à leur habitude, été pleines de promesses vagues : aucun retrait israélien garanti, aucun véritable arrêt des attaques, aucune ouverture permanente du passage de Rafah, aucun afflux stable d’aide humanitaire, seulement des grands mots lancés dans des conférences climatisées, tandis que la réalité dans la bande de Gaza devient de plus en plus dure. La « paix » devient un slogan médiatique, la « reconstruction » un titre de projets reportés, « l’attention humanitaire » une photo collective devant les caméras. Tout cela se produit à un moment de transition dans la vie du système international, où les grandes puissances se disputent l’influence et réécrivent les règles du jeu, tandis que les peuples faibles paient le prix de ces transformations. Au cœur de ce chaos organisé, la cause palestinienne se retrouve une fois de plus sur le banc d’essai, entre les tentatives de liquidation politique, la fragmentation géographique, et un peuple qui insiste, malgré tout, pour s’accrocher à ses droits, même dans les décombres. Ce qu’il faut aujourd’hui, ce ne sont pas davantage de communiqués ni de conférences supplémentaires, mais la reconstruction d’une vision palestinienne unifiée, passant d’une politique de l’attente à une politique de l’action, de la réaction à l’initiative. Les États arabes doivent décider s’ils veulent être une partie prenante de la scène, ou simplement un public regardant la fin sans changer le scénario.
En conclusion, on peut dire que le « Conseil de la paix » né à Davos est peut-être la dernière mode politique dans le monde des relations internationales, mais qu’il reflète en essence une crise profonde du système mondial, où la justice est gérée selon la logique de la force, où la paix est mesurée à l’aune des intérêts, et où les peuples paient le prix des grandes transactions. La question sarcastique la plus sérieuse demeure alors : le monde peut-il briser le monopole américain sur la décision internationale ? Les Palestiniens peuvent-ils ramener leur cause à la table après qu’elle en a été délibérément écartée ? Ou sommes-nous face à une nouvelle saison de gestion du conflit plutôt que de sa résolution ? »
«Le pharaon peut faire ce qu’il veut. Malheureusement, l’Occident va payer cher son silence, alerte le journaliste Ramy Abou Jamous dans un article paru dans Orient XXI, Il a déjà perdu son statut officieux de protecteur du droit international et des droit humains. Il n’est jamais trop tard pour se rattraper. Le génocide est toujours en cours à Gaza. L’Occident peut encore parler. Le dénoncer. Reprendre son rôle de défenseur des valeurs humaines. Si les Occidentaux continuent à fermer les yeux et la bouche, s’ils n’arrêtent pas l’éléphant qui est en train de tout écraser sur son passage, cela va mal tourner pour eux, tout le monde le paiera cher ! »
Brigitte Challande
Gaza, une fine pointe d’espérance
On nous montre le plus souvent Gaza sous l’angle de la destruction. Ce film atteste que l’espérance y est aussi en cours, surtout quand la solidarité internationale se manifeste. L’ équipe gazaouie de l’ UJFP est lucide dans ses analyses et tenace dans sa lutte pour la vie du peuple palestinien
Film réalisé par l’équipe du Groupe Gaza ICI







