Rendez-vous à Montpellier et à Toulouse pour l’ultime opéra de Verdi et une première en France de l’œuvre de Weinberg : 2026 commence très fort !
Falstaff est vraiment une création « montpelliéraine ». Cet ultime opéra de Verdi s’est inscrit dans le répertoire de l’OONMO car en raison du Covid, il a été remis plusieurs fois. On l’attendait en mars 2020, tout était prêt, mais il a été reporté en janvier 2021 avec la prévision d’une captation… Les journalistes invités aux générales ont pu voir à quel point le projet était abouti, le public en a été privé.
Maestro et baryton : une passion partagée pour Verdi

L’équipe est de retour, avec quelques petits changements dans la distribution. Mais c’est toujours la mise en scène de David Hermann (reprise par Jean-Philippe Guilois) et Michael Schønwandt se fait un plaisir de revenir diriger l’Orchestre National dont il a été le chef pendant huit ans, dans une Ville dont il est citoyen d’honneur. Cette œuvre que composa Verdi à presque 80 ans est une de ses favorites, dit-il dans le podcast d’annonce : « Falstaff, c’est un miracle, une source intarissable d’inspiration, d’humour, de connaissance de la vie. » Le maestro adore cette partition qui correspondrait à… 25 opéras ordinaires. « Il y a des moments où le temps semble suspendu. Et il y a une rapidité d’esprit et de musicalité absolument géniale. À chaque seconde l’orchestre commente ce qui se passe, dramaturgiquement. »
Cette histoire a commencé quand Michael Schønwandt, à l’âge de 13 ans, a découvert cet opéra, qui a accompagné toute sa vie : il l’a mené plus de 60 fois et le dirige sans partition. Il précise : « C’est une œuvre accessible pour le grand public, parce que dans notre monde actuellement le temps passe tellement vite, comme sur Instagram… ». De cette expérience unique on sort avec un esprit plus heureux. »
Quand Falstaff « dramaturgise »
Bruno Taddia vient pour la troisième fois à l’Opéra National de Montpellier, après un Rota/Puccini en 2017, et un superbe Don Pasquale en 2019 (il était aussi en mars dernier Le Maître de Chapelle de Cimarosa). Le baryton né à Pavie incarne le héros verdien, et assure avec humour que le rôle l’occupe depuis six ans — covid oblige : « Cela mérite votre attention ! » Falstaff est un personnage particulier : « Il se pense comme un séducteur mais il est totalement privé d’une dimension de l’absolu comme celle des grands caractères mythiques tels que Faust ou Don Giovanni, il est un peu le triomphe de la relativité, c’est pour ça que c’est extraordinairement fort. » Bruno Taddia se passionne pour le travail de la partition qui consiste à « traduire les notes musicales en quelque chose de dramaturgique ». Cela l’enthousiasme : « Je dois “dramaturgiser” la musique et c’est un défi infini. »
La distribution donne envie : outre le charmant baryton Andrew Manea on retrouve des voix bien connues : Kevin Amiel, Angélique Boudeville, Kamelia Kader, Marie Lenormand, Julia Muzychenko — et le chœur contribue à la fête ! Lors des répétitions avec Taddia en 2020, David Hermann, qui a mis en scène « cette satire mordante d’une masculinité toxique », commentait : « Ce que j’aime chez lui c’est qu’il savoure chaque mot, il parle en chantant. » Cet ultime Verdi est à déguster, pour bien commencer l’année !
Rencontre de la « Passagère » revenue d’Auschwitz

À l’Opéra National de Toulouse La Passagère de Mieczysław Weinberg sera, fin janvier, une première en France, très attendue. L’œuvre du compositeur polonais, achevée en 1968, est restée longtemps cachée, n’a vu le jour qu’en 2006 à Moscou, en version de concert, le régime soviétique n’étant pas favorable à sa création. En 2010 l’opéra est enfin mis en scène au festival de Bregenz (Autriche), puis repris un peu partout dans le monde, notamment en 2024 à Madrid. Il en existe plusieurs enregistrements ou DVD, néanmoins l’œuvre reste assez peu connue et a été censurée pendant plus d’une quarantaine d’années.
C’est un opéra fascinant, inspiré par l’ouvrage de Zofia Posmysz La passagère de la cabine 45, récit autobiographique de cette journaliste et écrivaine, survivante des camps d’Auschwitz et de Ravensbrück. Il s’agit au départ d’une publication radiophonique, en 1959, qui a inspiré d’ailleurs plusieurs enregistrements et films. Weinberg a lui-même connu très jeune l’exil et la persécution, et s’est réfugié à Moscou en 1943. Ce roman a été pour lui un écho de sa propre tragédie familiale. Il a aussi été encouragé dans sa composition par Chostakovitch qui était son ami. Le librettiste Alexander Medvedev, qui visitera Auschwitz avec la romancière, s’inspire non seulement de ce récit mais du vécu du compositeur.
Passé et présent dans une métaphore visuelle
À travers les personnages principaux Lisa et Marta, la scène met en regard deux mondes, deux univers temporels. Dans le luxueux paquebot transatlantique d’un présent de 1960 se retrouvent les adversaires du passé, et l’horreur concentrationnaire d’Auschwitz où se sont affrontées une gardienne SS et une prisonnière polonaise. Elles se croisent, se reconnaissent. Après des scènes violentes actualisées, Marta conclut : « Si un jour vos voix se taisent, alors nous sombrerons tous. » La dualité théâtrale devient plurielle, car chacun parle dans sa propre langue, les musiques se croisent, partagées, mêlant les genres, avec beaucoup de sensibilité et une grande expressivité. Quand préférer la Chaconne de Bach à la valse d’Auschwitz signe une condamnation à mort…
Si la création en 2010 à Bregenz a été une révélation, la production qu’accueille le Capitole de Toulouse, donnée à Innsbruck (Autriche) en 2022, a été sacrée « meilleure production d’opéra » par le Prix autrichien du Théâtre musical 2023. La scénographie de Thomas Dörfler — en collaboration avec la mise en scène de Johannes Reitmeier — est innovante car elle souligne les dualités temporelles, et la perspective réunit l’évocation du paquebot et celle du baraquement, comme une « métaphore visuelle », menée par Francesco Angelico à la baguette.
La Passagère est un témoignage essentiel dans la littérature de la Shoah, le livre est traduit en quinze langues (sauf en français). Cette recréation à Toulouse est un hommage qui réunit l’inspiration de Weinberg et la vision de Zofia Posmysz, inscrites dans leur vie, plus suggestives que descriptives. Et les voix ne se tairont pas.
Michèle Fizaine
Falstaff de Giuseppe Verdi, à l’Opéra Comédie de Montpellier
les 7 janvier à 20h, 9/1 à 20h, 11/1 à 17h et 13/1 à 19h.
Durée 2h30. 27 à 83 €.
Flash’Opéra une heure avant.
Gilets vibrants le 9, audiodescription le 11.
opera-orchestre-montpellier.fr
La Passagère de Mieczysław Weinberg, au Théâtre du Capitole de Toulouse
les 23 janvier à 20h, 25/1 à 15h, 27/1 à 20h, 29/1 à 20h.
Durée 3h. 10 à 90 €.
« Préludes » (gratuit) avant chaque représentation.
Journée Weinberg le 22, avec concert « Weinberg/Chostakovitch » à 20h (20 €) et Conférences à 16h et à 18h « Variations Weinberg » (entrée libre).
opera.toulouse.fr
Photo 1. Deux univers s’opposent chez Verdi, celui des gens aisés et celui des moins riches, où Falstaff est un héros très relatif… Crédit photo M. Ginot







