Le 23 juillet , une fuite de chlorure ferrique due à l’industriel Kem One a provoqué un épisode de pollution en Méditerranée. Depuis, les réactions d’associations de défense de l’environnement et d’élus se multiplient.


 

Kem One (ex-Arkéma), deuxième producteur européen de PVC, est un des principaux acteurs industriels de la plateforme pétrochimique de Lavéra (commune de Martigues), située à proximité immédiate de la mer. La fuite de chlorure ferrique du jeudi 23 juillet a donc impacté le milieu marin au niveau de l’anse d’Auguette et nécessité l’intervention des marins-pompiers de Port-de-Bouc, tout proches, ainsi que du SDIS 13 (service départemental d’incendie et de secours). Les plages des Laurons et de Bonnieu ont du être interdites momentanément à la baignade. Selon France Nature Environnement, « cette dégradation fait suite à de nombreux dysfonctionnements signalés par la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) et à quatre mises en demeure prononcées par le Préfet en à peine deux ans. D’après l’industriel, cette substance toxique et corrosive a rejoint le réseau d’eaux pluviales du site, pour finir à la mer ». Le réseau associatif ne cache pas son étonnement devant le fait que « sur un tel site à risques (Seveso seuil haut), une fuite sur un bac de stockage puisse aboutir quasi directement à la mer sans « zone tampon » » et considère que « cela pose question quant à la rigueur du suivi et de la maintenance de cette installation ». Cet incident ou accident industriel (selon la terminologie retenue) a donné lieu à « une tache marron de six hectares » qui s’est « solubilisée en Méditerranée sans pouvoir être récupérée ». Pour France Nature Environnement, « c’est une zone très riche en biodiversité qui a été touchée (herbiers de posidonie, oursins, coraux) ». FNE indique qu’elle se montrera attentive au rapport des enquêteurs « afin de comprendre la chronologie de cet événement » et annonce sa volonté de « porter plainte après une analyse plus approfondie des dysfonctionnements en cause ». 

L’association Sea Shepherd Marseille a également annoncé son intention de porter plainte, tout comme Robin des bois qui indique : « Nous poursuivrons pour pollution des eaux marines, atteinte aux espèces protégées et préjudice écologique. » L’association note qu’un arrêté du 26 décembre 2019 « met en demeure l’exploitant de renforcer la sécurité de ses stockages de chlore au plus tard le 31 mars 2020 ». Pour Robin des bois, « la répétition des arrêtés préfectoraux de mise en demeure à l’encontre de Kem One Martigues-Lavéra montre que l’exploitant ne considère pas la protection des travailleurs, des populations et de l’environnement comme une priorité ». L’association juge qu’avec 57 sites classés Seveso dans les Bouches-du-Rhône, dont 13 à Martigues, « les ressources humaines de la DREAL sont insuffisantes pour imposer une maîtrise ».

 

Les réponses de l’industriel et de l’État  

 

Les élus ont également réagi après cet épisode de pollution en mer, à l’image du maire de Martigues, Gaby Charroux (PCF), pour lequel « concevoir une industrialisation adaptée à un territoire nécessite des mesures de prévention et de protection modernes […] cela nécessite des engagements financiers conséquents pour mettre aux normes les outils de cette production. Mais cela nécessite aussi que l’homme, le salarié soit au centre des concepts de production. Plus que des intentions, il est urgent de remettre au cœur des fonctionnements le principe de précaution et de prévention. Les CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), les astreintes d’urgence et les modalités d’alerte sont le premier maillon d’une chaîne qui contribue à la sécurité des sites de production industrielle et de leur environnement ». 

Dans un courrier adressé à la nouvelle ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, le député PCF de la circonscription de Martigues, Pierre Dharréville, souligne le fait que « l’État a la responsabilité d’exiger des actionnaires de Kem One que des investissements soient réalisés afin de maintenir un haut niveau de protection des salariés et de notre environnement ». Élu d’un territoire de contrastes où l’industrie côtoie des richesses environnementales indéniables, le député évoque le travail collectif mené dans le cadre du projet « Réponses » qui « associe l’État, les collectivités, les industriels, les salariés pour répondre de manière concrète aux attentes légitimes des populations en termes de santé-environnement ». Au fil de ce travail collectif mené depuis plusieurs mois, « des premiers axes d’intervention ont émergé » précise-t-il avant d’interroger la ministre sur la façon dont le gouvernement « entend encourager et prendre sa part dans la mise en œuvre de mesures concrètes et audacieuses en faveur de la nécessaire transition industrielle ». Y’a du boulot en l’occurrence. 

Interpellée par le député des Bouches-du-Rhône le mercredi 29 juillet à l’Assemblée, Barbara Pompili a précisé : « L’exploitant va devoir nettoyer et compenser les pertes en terme de biodiversité si nécessaire », assurant que « la plus grande transparence sera faite sur cette affaire ». « Pour l’heure, il n’ y a pas de mortalité piscicole mais nous restons mobilisés », a indiqué la ministre de la transition écologique, « la Dréal analyse les risques d’écotoxicité, le préfet a signé vendredi un arrêté d’urgence pour imposer à l’exploitant la mise en sécurité des installations, un rapport d’accident sous quinze jours et une surveillance dans les prochaines semaines de l’impact sur la partie terrestre mais aussi une surveillance à court et à moyen termes de la partie maritime et le nettoyage des zones concernées ».

De son côté, Kem One, par la voix du directeur du site de Lavéra, Bertrand Baudet, a assuré que « conformément aux instructions des services de l’État, un rapport détaillé sur les causes de l’accident sera remis aux autorités sous quinzaine »1.

Au-delà de cet épisode, un autre élu martégal, Frédéric Grimaud (membre de la majorité municipale) considère que l’on ne peut pas « décontextualiser cet  accident industriel de la demande en produits chimiques, en pétrole, liée à notre système économique basé sur la surconsommation, la publicité, l’obsolescence »  et plaide pour la réflexion sur des « des mesures politiques à prendre à tous les échelons du territoire pour limiter la production industrielle polluante en amont ».

Morgan G.

 

(Photo Marsactu)

Notes:

  1. Source : Maritima Médias, comme la plupart des citations de cet article 
M Organ
"Journaliste durant 25 ans dans la Presse Quotidienne Régionale et sociologue de formation. Se pose tous les matins la question "Où va-t-on ?". S'intéresse particulièrement aux questions sociales, culturelles, au travail et à l'éducation. A part ça, amateur de musiques, de cinéma, de football (personne n'est parfait)...et toujours émerveillé par la lumière méditerranéenne"