À Sète, les marins ne parlent pas toujours mais leurs chants, eux, racontent tout. Pour son édition 2026, « Escale à Sète » met à l’honneur ce répertoire brut et universel, entre traditions revisitées et accents du monde, dans un festival toujours plus vaste, populaire et ouvert sur la Méditerranée. Cap sur Sète pour de sacrées rencontres  du 31 mars au 6 avril.


 

Un marin est « taiseux », et ce n’est pas le coprésident d’« Escale à Sète », Raymond Dublanc, qui dira le contraire. Toutefois les chants de marins ont beaucoup à révéler et lâchent souvent des paroles bien crues, car les rudes travaux rendent loquaces : ce répertoire est donc mis en vedette cette année. Dans le cadre de la présentation du festival 2026, il se préparait vendredi au Théâtre de Sète un concert de ce « répertoire » de chants du monde entier, réécrits en kabyle par Sidi Bémol, avec André Minvielle, qui travaille aussi sur l’accent sétois et son « relâchement involontaire de la dernière voyelle ».

 

Embarquement culturel immédiat

Écoutons ces chants de marins. « Escale à Sète » leur donne la parole, et c’est une première. Festival patronné par l’Unesco, son édition 2026 est très attendue, et son directeur Wolfgang Idiri en est ému : il n’y a jamais eu autant de délégations ! L’événement mérite bien d’être présenté — c’est la première fois ! Sandrine Mini, directrice du Théâtre de Sète, ravie de soutenir la portée culturelle du festival, se réjouit aussi de fêter les 400 ans de la marine nationale, et surtout de rendre hommage aux 400 bénévoles, 60 formations, 400 000 visiteurs, à ce millier d’ateliers, à la jeune marraine Sonia Bichet, poissonnière meilleure ouvrière de France, championne du monde des écaillers, et aux quatre vignerons solidaires. Une grande famille.

 

 

Cette année 120 bateaux vont envahir le port de Sète, dont 22 à quai attirent une foule de visiteurs. Crédit photo EAS

 

 

« EAS » n’a jamais eu autant de contributions et de partenaires, et le projet « Escale assiette » concocté avec la cité catalane Castellón de la Plana n’est pas un “show cooking” (gastronomie en direct) mais une “cuisinade”, pour parler sétois. Une cinquantaine de restaurateurs y participent et c’est une mise en valeur des recettes typiques et locales, avec notamment soupe de poisson et paella.

Mais il y a encore plus à déguster. Une douzaine de villages répartis sur les quais permettent de partager patrimoine, traditions, cultures artistiques et musicales, vie maritime, avec des délégations et des artistes venus des quatre coins du monde. Le festival accueille d’ailleurs une soixantaine de formations, sur de nombreuses scènes, dont celle du Quai du Maroc et celle de La Criée, rebaptisées « Patrick Denain » et « Jean-Louis Zardoni », en hommage aux musiciens sétois décédés récemment.

 

Ici et ailleurs : chants et musiques à déguster

De nombreuses rencontres sont centrées sur solidarité et environnement, et sur les quais on retrouve les invités venus d’Espagne, de Catalogne, de Roumanie, de Corse et du Japon, mais aussi d’Inde, de Mauritanie, de Croatie, de Slovénie : mandolines et culture du sel créent de nouveaux échanges. Et 2026 crée une « voie » : une « Via Mediterranea » s’ouvre le 20 avec « Escale à La Spezia », passe ensuite par Sète et se termine à Castellón. L’Italie est invitée d’honneur, avec sept délégations, et Sète tisse des liens encore plus forts avec ses racines à Cetara.

 

 

Cette année 120 bateaux vont envahir le port de Sète, au pied du Mont Saint-Clair. Crédit photo EAS

 

 

Au total, il y aura 120 bateaux à visiter. 22 vont accoster aux quais de la République, Samary, Alger, Maroc, et Aspirant Herbert. Notamment des célébrités, dont certains sont déjà venus : Belem, Vera Cruz, Florette, Pascual Flores, Santa Maria Manuela, Nao Victoria, La Grâce et Le Phoenix, mais aussi les petites Valentine et Espérance. Sans oublier le Sudarshini, navire école de l’Inde, et, cerise sur le bateau, la grande surprise : le Galeón Andalucía renonce à se rendre aux États-Unis et vient accoster à Sète !

Côté animations musicales, le programme bat des records, le nombre d’événements monte jusqu’à 70 ou 80 concerts par jour avec des découvertes, et des groupes musicaux déjà connus : Chiviraseta, Bella Ciao, La Remendaire, La Farandole Biterroise et La Garriga, Les Grailhes de Thau, Cordes Aux Vents, Cantem, Les Hautbois Populaires… sans oublier les bagads1 et les chers invités italiens : Télamuré, Assud, Luca Rossi, Le Tre Sorelle, le Trio Valla Scurati Losini, Lo Dalfin et Iluf.

On ne ratera pas le défilé des équipages, les impressionnantes Batailles Navales et les défis de rame, les joutes, le capelet (course marseillanaise sur un mât). Il y a toujours beaucoup à découvrir ! Ce sont les nouvelles saveurs sétoises !

Michèle Fizaine

 

« Escale à Sète », du 31 mars au 6 avril, gratuit (sauf visite de certains voiliers).
Le 31, « Escale buissonnière » (journée Transmission).
Le 1er, « Patrimoines en escale » (journée Culture).
Le 2, « Escale Bleue » (journée Environnement).
Le 3, « Escale solidaire » (journée Solidarité).
Le 4, « Escale des gens de mer » (400 ans).
Le 5, « Escale des invités » (Délégations).
Le 6, « Escale met les voiles » (prochaines fêtes).

Programme : escaleasete.com
Déplacements : escale-en-bus.com

 

Photo 1 : Le Galeón Andalucía, invité surprise, est une des vedettes du festival qui fait escale dans l’Île Singulière. Crédit Photo EAS

 

 

Notes:

  1. Un bagad est un ensemble musical de type orchestre, inspiré à l’origine du pipe band écossais, interprétant des airs le plus souvent issus du répertoire traditionnel breton. Il est composé de trois pupitres : bombarde, cornemuse écossaise et percussions.
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J’ai enseigné pendant 44 ans, agrégée de Lettres Classiques, privilégiant la pédagogie du projet et l’évaluation formative. Je poursuis toujours ma démarche dans des ateliers d’alphabétisation (FLE). C’est mon sujet de thèse « Victor Hugo et L’Evénement : journalisme et littérature » (1994) qui m’a conduite à écrire dans La Marseillaise dès 1985 (tous sujets), puis à Midi Libre de 1993 à 2023 (Culture). J’ai aussi publié dans des actes de colloques, participé à l’édition des œuvres complètes de Victor Hugo en 1985 pour le tome « Politique » (Bouquins, Robert Laffont), ensuite dans des revues régionales, et pour une série de France 2 en 2017. Après des études classiques de piano et de chant, j’ai fait partie d’ensembles de musique baroque et médiévale, formée aux musiques trad occitanes et catalanes, au hautbois languedocien, au répertoire de joutes, au rap sétois. Mes passions et convictions me dirigent donc vers le domaine culturel et les questions sociales.