La capture rarissime d’un jeune requin blanc au large de l’Espagne relance une question fascinante : le plus mythique des prédateurs marins habite-t-il encore discrètement la Méditerranée ? Une étude publiée fin janvier 2026 apporte des éléments de réponse.


 

Au large de la côte est espagnole, en 2023, des pêcheurs ont remonté dans leurs filets un visiteur  inattendu : un jeune requin blanc d’environ 2,10 mètres pour près de 90 kilos. Une prise accidentelle rarissime qui a immédiatement attiré l’attention des scientifiques. Ce spécimen juvénile a donné lieu à une vaste enquête scientifique, dont les résultats ont été publiés fin janvier 2026 dans la revue Acta Ichthyologica et Piscatoria. Les chercheurs cherchent à savoir si le grand requin blanc hante toujours, discrètement, les eaux de la Méditerranée.

Avec une taille pouvant dépasser six mètres — et peut-être davantage — le requin blanc est l’un des plus grands poissons actuels et l’un des prédateurs les plus impressionnants des océans. Souvent qualifié de « dangereux » en raison d’attaques rarissimes sur l’homme (majoritairement non mortelles), il n’en demeure pas moins très éloigné de l’image de « mangeur d’hommes » que lui a collée la culture populaire. Sa réputation doit beaucoup au roman Les Dents de la mer de Peter Benchley et à son adaptation culte réalisée par Steven Spielberg. Pourtant, derrière la fiction et les frissons estivaux, se cache un animal clé pour l’équilibre des écosystèmes marins.

Une présence rare… mais persistante

L’étude s’est appuyée sur plus d’un siècle et demi d’archives et d’observations, de 1862 à aujourd’hui. Verdict : le requin blanc est extrêmement rare en Méditerranée, mais il n’a jamais totalement disparu. La présence de jeunes individus intrigue particulièrement les chercheurs, souligne le magazine Géo. Comme l’explique José Carlos Báez dans l’étude, identifier des spécimens juvéniles pourrait indiquer une reproduction locale. Autrement dit, la Méditerranée ne serait pas qu’une zone de passage, mais peut-être aussi un territoire de naissance. Ce point est crucial. Classé vulnérable sur la liste rouge de l’’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le requin blanc subit une pression constante : pollution, surpêche, captures accidentelles. Comprendre s’il existe encore une population active en Méditerranée permettrait d’adapter les stratégies de conservation.

Les chercheurs parlent parfois de « population fantôme ». Le requin blanc est là, mais presque invisible. Les observations restent exceptionnelles et sporadiques, rendant son suivi scientifique particulièrement complexe. Pourtant, son rôle écologique est fondamental. Grand migrateur pélagique1, il participe à la redistribution de l’énergie et des nutriments sur de vastes distances. En consommant aussi des carcasses, il agit comme un véritable éboueur des mers, contribuant à maintenir les écosystèmes marins en bonne santé.

L’enjeu dépasse donc la fascination pour un grand prédateur : il s’agit de préserver un maillon essentiel de la chaîne alimentaire. En somme, le requin blanc méditerranéen n’est peut-être pas un mythe, mais un discret survivant. Les chercheurs, eux, espèrent surtout mieux comprendre sa présence pour protéger l’espèce. Quant aux baigneurs, ils s’intéressent aussi beaucoup au sujet… mais disons que leurs motivations sont légèrement différentes — et qu’ils préfèrent que le “fantôme” reste, autant que possible, invisible depuis la plage. 🏖️

Photo. Trois pêcheurs ont pu observer un grand requin blanc de 5 m de long à proximité des côtes de Camargue, en septembre 2022. Photo DR

Notes:

  1. Espèce pélagique, animal ou végétal qui ne vit pas sur le fond mais qui nage et qui flotte en pleine mer