À Marseille, les déboires judiciaires de Stéphane Ravier rappellent les contradictions d’un discours moraliste, au moment où le RN espère conquérir la mairie.


 

La campagne municipale marseillaise s’ouvre sur fond de tourmente judiciaire pour une figure de l’extrême droite locale. Le sénateur des Bouches-du-Rhône Stéphane Ravier comparait ce mardi devant le tribunal correctionnel de Marseille pour des faits présumés de favoritisme, tandis qu’il attendait dans le même temps la décision de la cour d’appel d’Aix-en-Provence dans un autre dossier de prise illégale d’intérêts. Une séquence judiciaire qui vient percuter de plein fouet une campagne où le Rassemblement national prétend incarner la rupture morale avec les « vieilles pratiques ».

Les faits reprochés à Stéphane Ravier remontent à la période où il était maire du 7ᵉ secteur de Marseille, entre 2016 et 2017. Il est accusé d’avoir scindé un marché public de rénovation du site internet de la mairie de secteur entre deux sociétés, qui auraient en réalité bénéficié à une seule et même personne. Un procédé qui aurait permis de rester sous le seuil de 25 000 euros, évitant ainsi une mise en concurrence obligatoire. Le sénateur a invoqué son ignorance des règles de passation des marchés, mais le parquet voit dans ce « saucissonnage » une manœuvre délibérée.

Parallèlement, la justice devait également se prononcer sur un autre dossier sensible. En première instance, Stéphane Ravier avait été condamné en mai 2024 à six mois de prison avec sursis et à un an d’inéligibilité pour avoir favorisé le recrutement de son fils à la mairie de secteur, via une série de contrats à durée déterminée sur plusieurs années. Une affaire emblématique des accusations de népotisme qui collent désormais à son parcours politique.

Ces dossiers judiciaires mettent une nouvelle fois en lumière le décalage entre le discours de campagne de l’extrême droite et la réalité de l’exercice du pouvoir. La main sur le cœur, les candidats du RN revendiquent droiture, honneur et probité, promettant de « nettoyer » la vie publique. Pourtant, à l’instar de Marine Le Pen elle-même, régulièrement confrontée aux affaires, plusieurs municipalités dirigées par l’extrême droite dans le sud de la France ont été éclaboussées par des polémiques et des enquêtes judiciaires. À Orange ou Fréjus, les gestions municipales ont suscité de vives critiques, rappelant que la promesse de vertu n’immunise pas contre les dérives du pouvoir local.

À Marseille, cette actualité judiciaire rejaillit directement sur la campagne municipale. Stéphane Ravier, qui avait quitté le RN puis Reconquête, a finalement choisi de soutenir « sans réserve » la candidature du député RN Franck Allisio. Un soutien encombrant, alors que le parti tente d’élargir son électorat en se présentant comme une alternative crédible et responsable.

Dans ce contexte tendu, la campagne connaît ce mardi un moment clé avec le débat organisé à Marseille entre deux des principaux candidats : Benoît Payan, maire socialiste sortant briguant un nouveau mandat, et Franck Allisio, candidat du Rassemblement national. Un face-à-face très attendu, où la question de l’éthique, de la gestion municipale et du rapport aux affaires judiciaires pourrait bien s’inviter au cœur des échanges.

Avec AFP

 

Photo. Benoît Payan, maire PS, candidat à sa réélection et Franck Allisio, candidat RN ©AFP