Déposée début février par le groupe Écologiste et Social, une proposition de loi entend freiner l’hyperconcentration des médias, perçue comme un facteur majeur de la crise démocratique et de l’affaiblissement du pluralisme politique en France.


 

Alors que quelques milliardaires concentrent aujourd’hui l’essentiel de l’information écrite, audiovisuelle et radiophonique, le Parlement s’empare timidement d’un enjeu central pour la démocratie. Déposée début février, la proposition de loi portée par les députés écologistes et sociaux vise à limiter la mainmise économique sur les médias, considérée comme une menace directe pour l’indépendance de l’information et le fonctionnement du débat public.

Le texte, présenté notamment par la députée Sophie Taillé-Polian a reçu un premier avis favorable du Conseil d’État. Il propose de modifier la loi sur la liberté de communication afin d’empêcher qu’une même personne exerce un contrôle direct ou indirect sur plusieurs médias lorsque leur influence cumulée devient excessive. L’enjeu dépasse la simple question de propriété : il s’agit de mesurer l’influence réelle des médias sur la formation de l’opinion, à partir de leur audience et de leurs formats, et non plus seulement des parts détenues par les actionnaires.

Des seuils seraient fixés par le Conseil d’État et l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) interviendrait en cas de dépassement, notamment lors de créations de titres ou d’opérations de rachat. Cette régulation renforcée s’inscrit dans un contexte marqué par de nouvelles concentrations, dont le rachat de plusieurs titres majeurs par LVMH1, illustrant la captation croissante de l’espace médiatique par des intérêts privés puissants.

À l’heure où la défiance envers les institutions s’aggrave, où la désinformation prospère et où les contre-pouvoirs s’érodent, la concentration des médias apparaît comme un verrou central de la crise démocratique. Sans suffire à elle seule, cette proposition de loi pose une question politique fondamentale : sans pluralisme de l’information, il ne peut y avoir ni débat éclairé, ni souveraineté citoyenne, ni démocratie.

Illustration : Patrick Chappatte. Dessin paru dans dans Le Temps Genève.

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Au Palais-bour­bon, mardi 3 février, Sophie Taillé-polian détaille à la presse ce pro­jet.

Notes:

  1. Le 30 décembre, le groupe LVMH a racheté les édi­tions Croque Futur, met­tant ainsi la main sur le men­suel scien­ti­fique Sciences et ave­nir, le tri­mes­triel la Recherche et l’heb­do­ma­daire Chal­lenges. Ber­nard Arnault pos­sède ainsi à lui seul 90 % de la presse éco­no­mique française. En contrô­ler les prin­ci­paux titres, lui permet d’impo­ser sa vision de l’éco­no­mie.