Alors qu’elle s’apprête à quitter le ministère de la Culture, Rachida Dati laisse derrière elle un champ de ruines en matière de politique des médias. Jamais le dialogue avec la profession n’aura réellement existé, jamais les alertes des journalistes n’auront été entendues. Son passage rue de Valois1 se solde par une amertume profonde et un mépris persistant des acteurs du secteur. Le communiqué commun des principaux syndicats de journalistes, que nous publions ci-dessous, en apporte une démonstration sans équivoque.


 

Communiqué SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes

Voilà un télescopage de calendrier pour le moins malencontreux. Le 29 janvier à Paris se tiendront à la fois les vœux institutionnels de la ministre de la Culture au Palais de la Porte dorée et une soirée de mobilisation, au Bataclan, en faveur de la libération du journaliste Christophe Gleizes, emprisonné depuis 212 jours en Algérie.

Aucune hésitation pour le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes. Notre place est prioritairement aux côtés de la famille et des amis de notre confrère Christophe Gleizes, incarcéré en Algérie pour avoir fait son métier, et non à partager les petits fours avec une ministre sur le départ.

Aucune hésitation pour le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes. Notre place est prioritairement aux côtés de la famille et des amis de notre confrère, incarcéré pour avoir fait son métier, et non à partager les petits fours avec une ministre sur le départ.

Deux ans après sa nomination, le bilan de Rachida Dati est famélique concernant le secteur des médias. Ayant toujours refusé de recevoir les syndicats de journalistes malgré de multiples demandes, elle n’a toujours pas réussi à présenter en conseil des ministres — malgré l’urgence — le projet de loi pour le droit à l’information, plus de quinze mois après la remise du rapport des États généraux de l’information.

Deux ans après sa nomination, le bilan de Rachida Dati est famélique concernant le secteur des médias. Elle n’a toujours pas réussi à présenter en conseil des ministres le projet de loi pour le droit à l’information, plus de quinze mois après la remise du rapport des États généraux de l’information.

La ministre de la Culture n’a pas davantage mis en conformité le droit national avec le règlement européen pour la liberté des médias (EMFA), pleinement applicable depuis le 8 août 2025, notamment sur la protection du secret des sources. Rien non plus concernant la directive européenne sur les procédures-bâillons2. Cette directive, d’abord négociée sous présidence française du Conseil de l’Union européenne à compter de 2022, permet aux personnes ciblées par les procédures-bâillons, principalement des journalistes et des défenseurs des droits humains, de bénéficier d’un certain nombre de garanties et de mesures procédurales protectrices. Cette avancée permet de renforcer le respect des valeurs démocratiques et des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, la liberté de la presse et le pluralisme des médias qui doit être transposée par la France d’ici au 7 mai 2026.

Même vacuité à propos de l’enjeu démocratique que constitue la concentration des médias et toutes les inquiétudes qu’elle alimente. Silence assourdissant face aux pratiques détestables de certains patrons de presse, qui n’hésitent pas à menacer de licenciement des dizaines de salariés quand ces derniers obtiennent légalement leur part des droits voisins3.

Silence assourdissant face aux pratiques détestables de certains patrons de presse, qui n’hésitent pas à menacer de licenciement des dizaines de salariés quand ces derniers obtiennent légalement leur part des droits voisins.

Rachida Dati n’a eu qu’une obsession depuis deux ans : la création d’une holding mortifère rassemblant un audiovisuel public déjà fragilisé par les coupes budgétaires. Elle a (heureusement) là aussi échoué. Autant de raisons de préférer la mobilisation à la réception d’une ministre dont nous n’attendons plus grand chose.

Renseignements et réservation pour la soirée en soutien à Christophe Gleizes : https://www.bataclan.fr/evenement/free-gleizes_2026-01-29

Paris, le 27 janvier 2026.

Notes:

  1. Ministère de la Culture.
  2. Abusant de leur position dominante, des acteurs privés ou publics lancent des procédures judiciaires non pas pour faire valoir ou exercer un droit, mais pour faire taire des personnes physiques ou morales, pour qu’elles ne puissent pas participer au débat public. Le 19 mars 2024, après deux ans de négociations, le Conseil européen a adopté une directive visant à lutter contre les procédures-bâillons (SLAPP) qui ont pour but de museler les voix critiques dans le débat public, dans un contexte où les chiffres alarmants sur les attaques physiques et en ligne contre les journalistes soulignent l’urgence d’agir. Cette directive, d’abord négociée sous présidence française du Conseil de l’Union européenne à compter de 2022, permet aux personnes ciblées par les procédures-bâillons, principalement des journalistes et des défenseurs des droits humains, de bénéficier d’un certain nombre de garanties et de mesures procédurales protectrices. Cette avancée permet de renforcer le respect des valeurs démocratiques et des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, la liberté de la presse et le pluralisme des médias.
  3. Un droit voisin est créé au profit des éditeurs et agences de presse afin qu’ils soient rémunérés pour la reproduction et la communication au public des publications de presse sous forme numérique par les services de communication en ligne. Cette rémunération est calculée sur la base de critères spécifiques.
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