À deux mois des élections municipales, la mobilité s’impose comme un enjeu politique majeur dans les grandes métropoles. Le dernier rapport TomTom1 sur la congestion routière met en lumière les difficultés persistantes de Montpellier et Marseille, tandis que l’absence de Toulouse du top 10 national interroge. Entre embouteillages, pollution et qualité de vie, la circulation devient un thème central du débat local.


 

Chaque matin, des milliers d’automobilistes perdent de précieuses minutes dans les embouteillages des grandes métropoles françaises. Derrière ces ralentissements quotidiens, le dernier rapport du spécialiste des GPS TomTom dresse un constat chiffré et sans appel sur l’état de la circulation urbaine. À Montpellier et Marseille, la congestion reste élevée et pèse sur la qualité de l’air, tandis qu’à Toulouse, l’absence du classement national ne dissipe pas les inquiétudes liées à la croissance du trafic. À l’approche des municipales, ces données viennent nourrir un débat déjà très politique sur la place de la voiture en ville.

Le spécialiste des GPS TomTom vient de publier son rapport annuel sur la congestion routière dans les grandes villes du monde. Basé sur des données GPS anonymisées et des vitesses de conduite réelles enregistrées sur des milliards de kilomètres, ce classement fait  référence2 pour analyser l’évolution de la mobilité urbaine. Au niveau mondial, Mexico conserve son statut de ville la plus embouteillée, et Dublin s’illustre tristement en Europe avec près de 73 % de congestion et 191 heures perdues par conducteur chaque année, la situation française apparaît plus contrastée. Dans ce paysage, Montpellier et Marseille confirment leurs difficultés, tandis que Toulouse 4e ville de France, derrière Lyon, brille par son absence du top 10 des bouchons au niveau national.

Pollution, santé et trafic urbain

Les embouteillages ne sont pas que des chiffres d’heures perdues : ils ont aussi un impact direct sur la qualité de l’air et la santé publique. Dans les zones urbaines françaises, plusieurs polluants — dioxyde d’azote (NO₂), particules fines (PM2,5, PM10) et ozone (O₃) — restent à des niveaux préoccupants, notamment en période de trafic dense, contribuant à des pathologies respiratoires et cardiovasculaires. Des relevés régionaux montrent que des centaines de milliers d’habitant.e.s dans les métropoles occitanes, dont Montpellier et Toulouse, sont exposé.e.s à des concentrations significatives de particules fines et d’ozone, soulignant l’importance de la réduction du trafic routier pour améliorer la qualité de l’air.

 

🟩 Montpellier

Une congestion en nette dégradation

Avec un taux de congestion de 41,4 % et 85 heures perdues par an dans les embouteillages, Montpellier, 7e ville de France, se classe troisième ville la plus embouteillée de l’hexagone. La métropole héraultaise voit sa situation se détériorer par rapport à 2024, une tendance préoccupante dans une ville toujours en forte croissance démographique.

Au-delà du temps perdu, cette congestion accrue a un impact direct sur la pollution de l’air, les embouteillages favorisant les émissions de particules fines et d’oxydes d’azote. Un enjeu sanitaire majeur, alors que Montpellier s’est engagée dans des politiques de mobilité douce et de réduction de la place de la voiture.

  • Compétences mobilité & transports : Montpellier Méditerranée Métropole pilote les transports publics, les infrastructures cyclables et piétonnes, et les politiques de circulation intercommunale. La région Occitanie intervient aussi sur certaines lignes ferroviaires ou grandes liaisons, mais la gestion locale de la mobilité dépend largement de la métropole.

  • Impact politique : À deux mois des élections municipales, ces chiffres ne sont pas sans incidence dans le débat public, notamment sur l’efficacité des aménagements de circulation et des transports en commun. Avec l’un des taux de congestion les plus élevés parmi les grandes métropoles françaises, la mobilité est un enjeu central des débats municipaux et métropolitains, notamment sur l’attractivité urbaine, l’accès aux emplois et la santé publique liée à la pollution.

 

🟧 Marseille

Une situation stable, mais toujours préoccupante

À Marseille, le rapport TomTom fait état d’un taux de congestion de 39,4 % et de 74 heures perdues chaque année par automobiliste. Une situation jugée globalement stable par rapport à 2024, mais qui reste élevée pour la deuxième ville de France.

La topographie particulière de la cité phocéenne, combinée à une dépendance encore forte à la voiture, contribue à maintenir un niveau de congestion important. Là encore, les conséquences environnementales sont notables, dans une agglomération régulièrement confrontée à des épisodes de pollution.

  • Compétences mobilité & transports : Au sein d’Aix-Marseille Provence Métropole, la compétence mobilité inclut les transports urbains, les modes doux, ainsi que les actions visant à réduire la dépendance à la voiture. La métropole coordonne notamment l’offre de transports en commun (bus, tramway) avec les collectivités locales et la Région.

  • Impact politique : À l’approche des municipales, la question des mobilités — nouvelles lignes de tramway, zones à faibles émissions, réorganisation du trafic — devient un thème central de la campagne. Confrontée à une pollution urbaine significative — pollution atmosphérique et bruit —, Marseille voit ces thèmes se mêler aux enjeux municipaux autour de la sécurité routière, des infrastructures cyclables et du développement des alternatives à la voiture individuelle.

 

🟦 Toulouse

L’absence qui interroge

Fait notable de ce classement : Toulouse ne figure pas parmi les dix villes les plus embouteillées de France. Une absence qui tranche avec d’autres métropoles comparables et qui peut être interprétée comme le signe d’une congestion plus contenue.

Pour autant, la prudence reste de mise. Si la Ville rose échappe au palmarès cette année, d’autres indicateurs montrent que la circulation s’y est dégradée par rapport à 2024. La forte croissance démographique et l’étalement urbain posent des défis majeurs pour les années à venir, notamment en matière de pollution et de qualité de vie.

  • Compétences mobilité & transports : La Métropole de Toulouse (outil intercommunal regroupant les communes de l’agglomération) est autorité organisatrice des mobilités, ce qui lui donne la responsabilité des transports publics, du schéma des mobilités urbaines, des politiques cyclables, et des actions de réduction du trafic.

  • Impact politique : La progression des embouteillages et les enjeux liés à la qualité de l’air s’invitent dans le débat local, avec les attentes fortes sur l’extension du réseau de transports en commun, l’amélioration des alternatives à la voiture et la mise en œuvre de restrictions ciblées comme la zone à faibles émissions (ZFE).

 


Les dix villes les plus embouteillées de France en 2025
  1. Lyon : 47,2 % – 121 heures perdues/an

  2. Bordeaux : 43,5 % – 99 heures

  3. Montpellier : 41,4 % – 85 heures

  4. Paris : 40,0 % – 109 heures

  5. Marseille : 39,4 % – 74 heures

  6. Clermont-Ferrand : 38,9 % – 66 heures

  7. Rouen : 37,1 % – 87 heures

  8. Nancy : 36,6 % – 116 heures

  9. Strasbourg : 36,6 % – 69 heures

  10. Nantes : 36,6 % – 76 heures

 

Photo. Marseille les bouchons du centre-ville. Photo DR

Lire aussi : Pollution de l’air : notre santé menacée – Pollution de l’air: le Conseil d’État ordonne au gouvernement d’agir Alerte à l’ozone dans les Bouches-du-Rhône Les poules d’EugèneGrand Montpellier : https://altermidi.org/2024/10/28/la-qualite-de-lair-sameliore-mais-ne-profite-pas-a-tous/ – Un point de vue critique de l’association : Transportons-nous !

 

 

 

Notes:

  1. Leader mondial des solutions de navigation, d’infos trafic et de cartographie.
  2. L’outil des GPS TomTom permet des comparaisons détaillées entre pays et villes, offrant des indicateurs jugés fiables par les collectivités, les gouvernements et les médias. Pour établir son classement, TomTom précise que le niveau de congestion est calculé en comparant l’ensemble des temps de trajet enregistrés sur une période donnée avec les temps les plus courts observés lorsque la circulation est parfaitement fluide. Les données sont collectées de manière strictement anonymisée auprès de conducteurs circulant aussi bien dans les centres-villes que sur les voies rapides et autoroutes traversant les métropoles.