À Montpellier, la mort d’un homme de 29 ans retrouvé en hypothermie mardi met en lumière l’urgence sociale autour du sans-abrisme. Avec 34 décès comptabilisés dans la rue en 2025 — soit en moyenne une mort tous les onze jours — la question des moyens alloués aux associations et aux dispositifs d’accueil devient cruciale.


 

Un épisode de froid intense touche le département : la nuit dernière, les températures ont chuté entre –5°C et –8°C dans l’Hérault, des niveaux jamais observés depuis 2002 pour un hiver. Avec le vent, le ressenti a été encore plus glacial. Face à ces conditions, un appel à la vigilance a été lancé sur tout le département de l’Hérault, ainsi que dans le Gard. Les prévisions annoncent des températures négatives la nuit au moins jusqu’au 8 janvier, exposant directement les personnes contraintes de dormir dehors.

Pourtant, le plan « Grand froid »1 n’a pas été déclenché. Ce dispositif mis en place par l’État pendant la période hivernale lorsque les températures sont très basses. Il vise à protéger les personnes les plus vulnérables (notamment les sans-abri) en évitant les risques sanitaires, en renforçant l’hébergement d’urgence et en intensifiant l’accompagnement social

En cause : des températures redevenant positives en journée, entre 5°C et 8°C, ce qui maintient la vigilance « verte » de Météo-France. Une lecture strictement technique que dénoncent les associations, soulignant que le danger se joue la nuit, lorsque les personnes à la rue sont les plus vulnérables.

Mardi 30 décembre, un homme de 29 ans, est décédé après avoir été retrouvé inanimé dans la zone de Tournezy, succombant à l’hypothermie en plein épisode de froid intense. Cet accident tragique s’ajoute à un bilan déjà lourd, selon un salarié de l’Avitarelle : 34 personnes sont mortes dans la rue à Montpellier en 2025 pour des raisons diverses — conditions climatiques, santé fragile ou toxicomanie. Rapporté à l’année, cela représente un décès tous les onze jours dans la ville.

La préfète Chantal Mauchet s’est rendue sur le terrain Le 31 décembre auprès des équipes du Samu social et des associations de maraude. Elle a pu constater le travail quotidien des bénévoles qui sillonnent la ville la nuit pour tenter d’apporter aide et réconfort. Mais sur le terrain, les associations tirent la sonnette d’alarme : manque de sacs de couchage renforcés contre le froid, saturation du numéro d’urgence 115, et pénurie de places d’hébergement adaptées malgré les 2 700 à 3 400 places  que compte le département entre le dispositif d’urgence et les mises à l’abri hivernales.

Les dirigeants associatifs, comme ceux de l’Avitarelle, soulignent l’ampleur des besoins : hébergement insuffisant, files d’attente interminables pour joindre le 115, et manque de moyens matériels et humains pour accompagner les plus vulnérables. La directrice déclarait récemment que « 100 enfants passent la nuit dehors à Montpellier », un chiffre aussi préoccupant que révélateur des limites du système d’accueil actuel.

Au niveau national, la France est parmi les pays de l’OCDE les plus touchés par le sans-abrisme, avec environ 307 personnes sans domicile fixe pour 100 000 habitants, faisant ressortir une situation structurelle qui dépasse largement celle d’une seule ville.

Dans une métropole comme Montpellier, ces chiffres et ces récits doivent pousser à repenser les priorités : la sécurité ne se limite pas à l’ordre public, elle inclut aussi la protection contre les risques vitaux que présentent le froid et la rue. Le manque de moyens des associations et des dispositifs d’accueil n’est pas acceptable dans une ville de cette taille, où chaque vie devrait être protégée.

Lire aussi : Le taux de pauvreté atteint un niveau record en France

Notes:

  1. Le plan grand froid se décline en trois niveaux.  Le premier niveau implique une surveillance météo et sociale, un maintien des dispositifs habituels de lutte contre le froid (maraudes, hébergements d’urgence…), ainsi que l’information du public et des professionnels. Le deuxième niveau, déclenché quand le froid devient intense ou durable, entraîne un renforcement des maraudes, une ouverture de places d’hébergement supplémentaires et une mobilisation accrue des services sociaux et sanitaires. Enfin, le troisième et dernier niveau, déclenché en cas de froid extrême (températures très basses sur plusieurs jours), requiert une mobilisation exceptionnelle de tous les acteurs de la lutte contre le froid : État, collectivités, associations, hôpitaux… Des réquisitions de locaux pour héberger sont également possibles, et la mise à l’abri immédiate devient la priorité absolue.