Et jamais nous ne serons séparés, une œuvre troublante de Jon Fosse, mise en scène par Daniel Jeanneteau et Mammar Benranou, au Théâtre des 13 Vents.
Une femme attend l’homme qu’elle aime. Il vient… puis disparaît à ses yeux. Pourtant, il est là. Plus tard, il revient avec une jeune fille, mais tous deux semblent hésiter, comme retenus par une peur invisible. Ils entrent sans voir celle qui continue d’attendre. Dans ce jeu de présences incertaines, le réel vacille : hallucination, souvenir ou vérité ? La pièce nous plonge dans un entre-deux délicat, où se mêlent absence et désir, mémoire et imagination.
Porté par la langue singulière de Jon Fosse, faite de silences, de répétitions et de rythmes hypnotiques, le spectacle fait entendre un désarroi intime et universel. La mise en scène épurée, baignée de lumières subtiles, brouille les frontières du temps et révèle toute la profondeur de l’attente et du deuil.
Interprété avec intensité par Dominique Reymond, Solène Arbel et Yann Boudaud, ce trio donne corps à une humanité fragile, traversée de doutes et d’élans contradictoires. À la mise en scène, Daniel Jeanneteau et Mammar Benranou optent pour ne jamais enfermer la pièce dans une interprétation unique. Au contraire, ils en déploient toutes les ambiguïtés, laissant affleurer une poésie du trouble où chaque spectateur est invité à projeter sa propre histoire. L’espace scénique, d’une grande sobriété, devient un lieu mental, presque flottant, où les repères se délitent progressivement.
La force du spectacle tient aussi à sa capacité à rendre sensible ce qui, d’ordinaire, échappe au regard : l’attente, dans ce qu’elle a de plus intime et de plus universel. Chez Jon Fosse, le drame ne se situe pas dans l’événement, mais dans sa suspension, dans cet instant étiré où tout pourrait basculer sans jamais se résoudre. C’est là que naît une tension singulière, presque imperceptible, mais profondément bouleversante.
En faisant le choix de la retenue plutôt que de l’explication, les metteurs en scène révèlent toute la modernité de ce théâtre de l’infime, où les silences parlent autant que les mots. Le spectateur, pris dans ce flux sensible, devient alors partie prenante de l’expérience : il ne regarde plus seulement une histoire, il l’éprouve.
Ainsi, Et jamais nous ne serons séparés s’impose comme une traversée intérieure, une méditation sur l’absence, l’amour et la persistance du lien. Une œuvre rare, qui résonne longtemps après la représentation, comme une présence discrète mais tenace. Un spectacle envoûtant, où l’étrangeté devient lumière et où chacun reconnaît, au creux du silence, quelque chose de lui-même.
Représentations :
• Mercredi 8 avril à 20h
• Jeudi 9 avril à 19h
• Vendredi 10 avril à 20h
reservation@13vents.fr
Billetterie : 04 67 99 25 00







