Verdi est toujours au sommet des répertoires lyriques, et La Traviata succède à la reprise en janvier de Falstaff, qui était une création montpelliéraine. Cette « dévoyée » (traviata…) a déjà fait sa tournée à Angers, Rennes, Tours, affiche bientôt complet à Montpellier, et sera aussi en mai à Nice où l’opéra a dû rajouter trois soirées aux cinq prévues.


 

Le combat d’une femme
Silvia Paoli partage le combat de Violetta pour les femmes en quête de reconnaissance. Crédit Photo Ilaria Costanzo

C’est donc le clou de la saison lyrique, à l’Opéra Comédie, un rendez-vous attendu avec Verdi, avec l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Montpellier, dirigés par le maestro Roderick Cox, et l’on découvre une nouvelle distribution, notamment la soprano Ruzan Mantashyan et le ténor Omer Kobiljak, dont ce sera une prise de rôle. Violetta s’affirme « semper libera » (toujours libre) à la fin du premier acte : le personnage, proche de La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas, a inspiré la célèbre metteuse en scène Silvia Paoli, et dans un monde de brutes l’héroïne meurt incomprise, rejetée. La tuberculose n’est pas son pire combat.

Sentiment, drame, tragédie, dans son opéra Verdi offre un portrait complet de la femme, à travers cette courtisane, amoureuse passionnée d’Alfredo, exaltée, repentie, sacrifiée, mourante. Et surtout en quête de reconnaissance, ce que précise Silvia Paoli, qui cite Catherine Clément et son ouvrage L’Opéra ou la Défaite des femmes : « La souffrance de Violetta est avant tout sociale ». Et elle ajoute : « La vraie maladie de Traviata, c’est l’horrible solitude qui lui a été imposée et le désespoir d’avoir vu la société entière lui tourner le dos ». La mise en scène souligne l’oppression masculine, montre le bel amoureux tel un enfant gâté, heureux de posséder la femme.

Dans ce monde fermé Alfredo paraît mesquin et violent, vil et ridicule, mais c’est son père qui représente le plus la domination masculine, le patriarcat, une morale bourgeoise et bigote. Silvia Paoli dénonce le mensonge, le « marché » de Germont père pour rester mâle dominant : « Je ne vois rien qui soit plus hypocrite et plus machiste : ce soulagement qu’éprouve Germont après la décision de Violetta, c’est l’attitude magnanime et paternaliste du gagnant. L’émotion qu’il montre au tableau suivant et son remords au dernier acte ne peuvent être crédibles ». Violetta meurt donc, mais le pouvoir masculin ne s’impose pas sur la scène.

 

 

La mise en scène de Silvia Paoli venge « La défaite des femmes ». Crédit Photo Delphine Perrin

 

Memento Mori

La Traviata est aussi un jeu. Les étudiants D’ARTFX s’en sont emparés et ont créé trois puzzles mettant en lumière les scènes principales de l’opéra. Accompagnés par la musique de l’Orchestre, les joueurs doivent revivre les souvenirs de Violetta et reconstruire les scènes en réarrangeant le décor. Depuis 2016 sont proposés à Montpellier des jeux vidéo inédits inspirés des grands classiques de l’art lyrique. Voici le dernier, « Memento Mori  (Souviens-toi que tu meurs), qui sera présenté sur borne, une heure avant chaque représentation, et téléchargeable gratuitement.

Michèle Fizaine

 

La Traviata de Giuseppe Verdi

Du 1er au 12 avril. Opéra Comédie de Montpellier, les 1er, 6, 8 avril à 19h, les 3 et 10 à 20 h, le 12 à 17 h, durée 2 h30, 27 à 83 €. opera-orchestre-montpellier.fr

Opéra Nice Côte d’Azur, les 27, 29, 30 mai et 2, 4, 5, 6 juin à 20 h, le 31 à 15 h, 12 à 94 €. opera–nice.org/fr

 

Photo 1. Domination masculine en jupon, et souffrance sociale pour l’héroïne de Verdi. Crédit Photo Delphine Perrin

 

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J’ai enseigné pendant 44 ans, agrégée de Lettres Classiques, privilégiant la pédagogie du projet et l’évaluation formative. Je poursuis toujours ma démarche dans des ateliers d’alphabétisation (FLE). C’est mon sujet de thèse « Victor Hugo et L’Evénement : journalisme et littérature » (1994) qui m’a conduite à écrire dans La Marseillaise dès 1985 (tous sujets), puis à Midi Libre de 1993 à 2023 (Culture). J’ai aussi publié dans des actes de colloques, participé à l’édition des œuvres complètes de Victor Hugo en 1985 pour le tome « Politique » (Bouquins, Robert Laffont), ensuite dans des revues régionales, et pour une série de France 2 en 2017. Après des études classiques de piano et de chant, j’ai fait partie d’ensembles de musique baroque et médiévale, formée aux musiques trad occitanes et catalanes, au hautbois languedocien, au répertoire de joutes, au rap sétois. Mes passions et convictions me dirigent donc vers le domaine culturel et les questions sociales.