Un réveil à l’annonce des bombardements américains et israéliens sur l’ Iran, encore une fois une agression extérieure, une guerre criminelle et dangereuse lancée par un système de domination du monde. Pendant ce temps Gaza continue de vivre une période où les efforts mondiaux pour faire disparaître les Gazaoui.e.s comme acteurs.trices de leurs vie quotidienne ne cesse de s’insinuer tranquillement mais sûrement.
Quelques chiffres persistants !
70 000 morts reconnus par des représentants de l’armée israélienne avec une première étude de terrain indépendante des autorités locales, publiée le 18 février dans la revue « The Lancet Global Health »qui estime la sous-évaluation du nombre de morts violentes liées au conflit à 35 % environ.
28 mois de guerre / 92 % des bâtiments résidentiels détruits entièrement ou partiellement / une pénurie de 70 % de tentes, de couvertures, de chauffage actuellement.
Depuis le cessez le feu /1360 patients décédés dans l’attente d’un passage à l’étranger pour se soigner/ 615 Assassinats / 900 tirs par minute de soldats israéliens sur un convoi de véhicules d’urgence de travailleurs humanitaires….comment pouvons nous continuer à lire, à écouter, à entendre, à supporter cette description innommable d’un génocide sans fin, inimaginable, effroyable
Pour évoquer la perte de la justice, de la conscience qui se déroule sous les yeux du monde il faut lire Abu Amir dans deux textes cette semaine : d’abord détruire puis en silence pendre les droits humains . Le 25 Février il évoque le bulldozer de destruction pour se réapproprier les terres.
« Dans le théâtre de l’absurde politique, rien n’égale la capacité du gouvernement israélien à présenter des décisions cruciales comme de simples mesures administratives. Le cabinet a récemment approuvé un ensemble de décisions qui entraîneront – selon une formule élégamment technocratique – des changements profonds dans la gestion et l’enregistrement des terres en Cisjordanie. Des changements profonds, en effet ; si profonds que la terre elle-même pourrait ne plus reconnaître son nouveau nom dans les registres fonciers. Le discours officiel paraît anodin : modernisation administrative, accélération des procédures, régulation des propriétés. Mais la traduction sur le terrain est plus explicite : redessiner les cartes selon les dimensions de l’expansion, transformer ce qui reste des biens palestiniens en dossiers en cours d’examen , puis en zones disputées , ensuite en terres sans propriétaire, avant qu’elles ne deviennent – en un clin d’œil bureaucratique – de nouvelles propriétés au profit d’entités qui connaissent parfaitement le chemin des bureaux d’enregistrement. Quant aux bâtiments palestiniens, ils semblent maîtriser le jeu des chaises musicales : chaque fois que la musique s’arrête, un immeuble tombe. Une décision ici, une notification là, un bulldozer le matin, un communiqué le soir parlant d’application de la loi. Une loi qui s’étire comme de la pâte lorsqu’il s’agit des colonies, et qui se durcit comme du ciment face à une maison palestinienne construite sur une terre héritée de génération en génération.
L’ironie veut que ces décisions soient parfois présentées comme un aménagement urbain destiné à renforcer la gouvernance. Comme si l’appropriation devenait plus élégante lorsqu’elle porte un cachet officiel, ou comme si la démolition devenait moins brutale lorsqu’elle est accompagnée d’une signature soignée. C’est la bureaucratie vêtue des habits de la modernité, demandant à la victime d’admirer la qualité d’impression de l’avis d’expulsion.
Mais la question qui résonne en arrière-plan, plus forte que les communiqués gouvernementaux, est la suivante : où sont ceux qui remplissaient les écrans en vantant la seule démocratie de la région ? Où sont les analystes qui mesuraient le niveau de liberté au nombre de partis politiques, et non au nombre de maisons détruites ? Où sont les défenseurs de la paix qui exhortaient les Palestiniens à la patience stratégique, pendant que la terre était administrée avec une rapidité tactique ?
Le silence ici n’est pas une simple posture ; il est calculé. Lorsqu’il s’agit de reconfigurer la propriété foncière sous occupation, les mots deviennent prudents, les rapports se raccourcissent, les titres se font discrets. Soudain, l’enthousiasme pour examiner chaque décision disparaît, et le débat démocratique dynamique se transforme en une affaire interne complexe que seuls les experts prétendent comprendre. L’ironie ne réside pas uniquement dans la décision, mais dans l’ensemble du tableau : un gouvernement qui s’étend avec assurance, des médias qui choisissent soigneusement leurs angles, et des partisans de la paix qui préfèrent le silence lorsque la paix devient moralement coûteuse.
Au milieu de tout cela, la terre demeure la seule constante ; témoin de cartes qui changent, de noms effacés, et de promesses reformulées à chaque fois dans un langage plus doux et à l’impact plus sévère. Le monde peut diverger dans la manière de qualifier ce qui se passe, mais il est difficile de nier que ces changements profonds ne creusent pas seulement dans les registres fonciers, mais aussi dans le sens même de la justice. Quant aux hypocrites, peut-être attendent-ils un autre communiqué, ou un terme plus moderne, leur permettant de parler de tout… sauf de la terre. »
Le 26 Février Abu Amir évoque le silence du monde qui suit et approuve l’injustice
«Chaque année, au rythme des saisons politiques qui changent comme les bulletins météorologiques, une voix familière s’élève depuis des capitales qui se sont autoproclamées gardiennes de la conscience mondiale. Déclarations officielles, rapports volumineux, conférences de presse soigneusement mises en scène, tout converge vers un thème récurrent : le Moyen-Orient serait, une fois de plus, accusé de ne pas avoir encore atteint le niveau de civilisation requis parce qu’il applique la peine de mort.
En tête du cortège figurent des États occidentaux qui se considèrent comme les chefs de file du monde civilisé, suivis par des organisations influentes telles que Amnesty International et Human Rights Watch, brandissant de grands principes sur la dignité humaine et les normes internationales. Les rapports sont rédigés dans une langue méticuleuse, les termes choisis avec soin, et les principes du droit international sont invoqués comme des textes sacrés auxquels il serait interdit de toucher.
En apparence, la scène semble purement morale. Mais l’ironie commence lorsque l’on constate que cette même boussole éthique semble parfois souffrir d’un mystérieux dysfonctionnement, cessant d’indiquer certaines directions. Lorsque la Knesset a adopté une loi autorisant l’exécution des prisonniers palestiniens — une loi en contradiction avec les principes les plus élémentaires de l’humanité que l’on invoque si souvent contre d’autres États — les tribunes habituelles ne se sont pas enflammées avec la même intensité. On n’a pas assisté au marathon habituel de déclarations indignées, ni entendu les avertissements répétés contre une dérive grave des normes internationales.
Soudain, les voix se sont atténuées. Le ton s’est adouci. Et le silence a pris le dessus. Les prisons relevant de l’État d’Israël ont commencé leurs préparatifs, et des médias ont évoqué la possibilité d’une vaste campagne d’exécutions qui pourrait être la plus importante de l’ère moderne. Pourtant, les salles autrefois bruyantes d’avertissements semblaient comme plongées dans une trêve non déclarée.
C’est ici que surgit le paradoxe : La peine de mort est condamnée lorsqu’elle émane d’un État arriéré, mais elle devient une question complexe lorsqu’elle concerne un allié politique. Dans le lexique politique contemporain, les droits humains semblent moins être un principe immuable qu’un outil à usages multiples. On peut les ériger en bannière éclatante contre un gouvernement fragile, ou les replier discrètement lorsqu’il s’agit d’un partenaire stratégique. Ils ressemblent à une lampe que l’on éclaire dans une seule direction, laissant les autres zones dans une obscurité confortable.
Les critiques adressées aux pays du Moyen-Orient sont souvent présentées comme une défense de l’être humain. Mais l’observateur attentif comprend rapidement que le discours s’attache moins à la réforme qu’à la stigmatisation. La même image est recyclée : régimes répressifs, lois rétrogrades, sociétés éloignées du modèle civilisé. En revanche, lorsqu’une mesure plus sévère encore émane d’un État bénéficiant d’un soutien politique occidental, le langage change soudainement. Il n’est plus question de violations flagrantes, mais de mesures sécuritaires. On ne parle plus de transgression manifeste, mais de contexte complexe. Les termes se colorent au gré des cartes géopolitiques.
L’ironie ne réside pas dans l’existence d’un débat sur la peine de mort — débat légitime et ouvert à travers le monde. Elle réside dans la sélectivité. Dans le fait que les valeurs deviennent des normes flexibles, s’étirant ou se contractant selon la position d’un État sur l’échiquier politique.
Lorsque la peine est appliquée dans un pays faible, elle devient un test de son degré de civilisation. Lorsqu’elle est légalisée dans un État politiquement protégé, elle est présentée comme une affaire interne appelant à comprendre les circonstances. Ainsi, le problème ne semble pas tant résider dans l’exécution elle-même que dans l’identité de celui qui l’ordonne. Peut-être que si les droits humains étaient véritablement universels, les réactions seraient équilibrées, indépendamment des noms ou des alliances. Peut-être que si le critère était purement moral, les déclarations auraient la même fermeté dans toutes les directions.
Mais la réalité suggère que la politique devance largement l’éthique, et que les valeurs sont souvent mobilisées lorsqu’elles servent un objectif stratégique précis. En définitive, une question demeure suspendue : Les droits humains sont-ils un principe immuable, ou une carte que l’on joue selon les besoins ? L’ironie douloureuse est que les grands slogans sont brandis au nom de l’humanité, tandis que leur application concrète révèle que l’humanité elle-même se plie parfois à la logique des rapports de force. Et dans cette balance, ce sont les États faibles qui sont pesés avec précision, tandis que les puissants bénéficient d’une exception provisoire qui peut durer longtemps. »
Abu Amir & Brigitte Challande
Death-penalty. Crédit phooto ISM France







