Un étudiant sur trois se dit en situation de précarité à Aix-Marseille Université. Face à cette réalité alarmante, une épicerie solidaire vient d’ouvrir sur le campus Schuman. Portée par des étudiants bénévoles, elle illustre l’ampleur de l’urgence sociale et la nécessité de mobiliser de nouveaux partenaires.
Le contexte national renforce la tension sociale dans les universités. Dans projet de loi de finances 2026, les moyens consacrés à la vie étudiante diminuent de près de 23,7 millions d’euros1, notamment du fait d’une baisse anticipée du nombre d’étudiants boursiers et de la modulation des aides sociales attachées à l’enseignement supérieur. Par ailleurs, des présidents d’universités alertent sur une situation budgétaire critique au sein des établissements : budgets prévisionnels dans le rouge, réductions de postes, limitations de remplacements et difficultés à financer les besoins de base.
Cette fragilisation financière des établissements n’est pas sans conséquence sur la vie étudiante. Lorsque les universités peinent à équilibrer leurs budgets, ce sont aussi les dispositifs d’accompagnement social, les aides d’urgence, les services de santé ou encore les actions de prévention qui se retrouvent sous tension. Dans un contexte de moyens contraints, la capacité des campus à amortir les difficultés économiques des étudiants s’affaiblit, laissant apparaître plus nettement encore une précarité déjà bien installée.
Des signaux alarmants
À Aix-en-Provence, la précarité étudiante n’est plus un signal faible : elle est devenue une urgence sociale. Selon une étude menée en 2023 par Aix-Marseille Université (amU), 32 % des 12 000 étudiants interrogés se déclaraient en situation de précarité. Un chiffre en hausse, symptomatique d’un contexte économique dégradé où le coût du logement, de l’alimentation et des produits de première nécessité pèse lourdement sur les budgets.
Sur le campus Schuman, cette réalité se traduit par des files d’attente. Inaugurée le 28 janvier 2026, la nouvelle épicerie solidaire a dû faire face, dès son ouverture, à une forte affluence. Les stocks se sont rapidement révélés insuffisants.
Dans ses rayons, des denrées alimentaires, des produits d’hygiène et quelques fournitures scolaires sont proposés à des prix en moyenne 80 % inférieurs à ceux du marché. Des protections périodiques à 50 centimes, une formule « 10 produits pour 2 euros » incluant thon, semoule ou confiture : pour beaucoup, ces tarifs ne sont pas un avantage, mais une nécessité. À Aix-en-Provence, le manque d’enseignes discount pour faire ses courses se fait ressentir. Pour certains étudiants, ces magasins représentent la seule véritable possibilité d’acheter des produits à des prix réellement bas,
Une solidarité étudiante en première ligne
Face à l’ampleur des besoins, la réponse s’organise localement. L’épicerie fonctionne grâce à un modèle hybride entre l’université et l’association étudiante Solid’AM. amU fournit les locaux, le mobilier et un appui logistique. Solid’AM assure l’approvisionnement et mobilise une quarantaine de bénévoles qui se relaient pour tenir les permanences.
L’association s’approvisionne notamment auprès de la Banque Alimentaire des Bouches-du-Rhône, mais l’équilibre reste fragile : capacités de stockage limitées, flux tendu de marchandises, demande croissante. Dès le premier jour, l’ampleur des besoins a mis en évidence la vulnérabilité du dispositif.
Pour tenir dans la durée, Solid’AM recherche activement mécénats et subventions. L’enjeu est clair : sécuriser les approvisionnements et renforcer les moyens humains et matériels. L’engagement bénévole ne peut, à lui seul, absorber une précarité structurelle.
Réussir ses études, mais d’abord pouvoir se nourrir
Si la lutte contre la précarité ne relève pas historiquement du cœur de mission de l’université, elle constitue désormais une priorité politique affirmée pour le campus qui accompagne les étudiants dans leur vie étudiante. Il est essentiel que les associations étudiantes portent ce type d’action afin de maintenir un lien de proximité avec les bénéficiaires. Au-delà de l’accompagnement social, la question revêt également une dimension académique, la précarité alimentaire pouvant avoir un impact direct sur la réussite des étudiants.
À Aix, l’ouverture de cette épicerie solidaire agit comme un révélateur : derrière les amphithéâtres et les bibliothèques, une partie des étudiants peine à subvenir à ses besoins essentiels. La solidarité s’organise, mais elle appelle un soutien plus large. Car l’urgence sociale, frappe désormais, au cœur du campus.
Campus Schuman université Aix Marseille épicerie solidaire. Photo DR
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