Sous couvert de favoriser l’emploi des jeunes, la proposition du Medef de créer un « CDI jeunes » s’inscrit dans une logique déjà éprouvée : flexibiliser toujours davantage le droit du travail au détriment des salariés les plus fragiles.
Présentée comme une réponse pragmatique au chômage des moins de 26 ans, cette mesure semble surtout ajouter de nouvelles contraintes à une génération déjà confrontée à l’instabilité, tout en nivelant les droits sociaux par le bas.
Le principe est simple : permettre aux entreprises de rompre un CDI sans motif durant les premières années, en échange d’une indemnisation progressive selon l’ancienneté. Autrement dit, transformer le CDI en une période d’essai longue durée. Cette remise en cause du droit commun du licenciement s’attaque directement à la sécurité de l’emploi, pourtant centrale pour l’accès au logement, au crédit ou tout simplement à l’autonomie. Les jeunes deviendraient ainsi une catégorie de salariés à part, moins protégés que les autres, ce que dénonçaient déjà de nombreux acteurs lors du débat sur le CPE en 2006.
L’histoire sociale récente montre pourtant que ce type de dispositifs ne crée pas une insertion durable. Le CPE, comme le « Smic jeunes » dans les années 1990, ont été massivement rejetés car ils institutionnalisaient une sous-condition salariale et juridique. Vingt ans plus tard, le Medef revient avec une proposition très proche, en tentant cette fois de la légitimer par l’exemple italien.
Le « contrat à droits progressifs » mis en place en Italie en 2015 est souvent présenté comme un succès en matière de baisse du chômage des jeunes. Mais cette lecture est partielle. Si le taux de chômage a effectivement reculé, la précarité, elle, s’est installée durablement. L’Italie affiche aujourd’hui l’un des taux de travailleurs pauvres les plus élevés d’Europe occidentale, et plus de 23 % de la population est menacée de pauvreté ou d’exclusion sociale. Depuis l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite de Giorgia Meloni, cette tendance ne s’est pas inversée, malgré un discours axé sur le « travail » et la « responsabilité ».
En réalité, la flexibilité accrue a surtout affaibli la capacité des salariés à se défendre, sans résoudre les problèmes structurels : faible investissement public, salaires bas, manque de perspectives à long terme. Transposer ce modèle en France reviendrait à accepter que l’entrée dans l’emploi passe par une insécurité prolongée, comme si la précarité était une étape normale et souhaitable de la jeunesse.
Plutôt que de multiplier les contrats dérogatoires, la question centrale reste celle de la qualité de l’emploi, de la formation et de la rémunération. Faire peser l’effort presque exclusivement sur les jeunes, en réduisant leurs droits et leur protection, ne constitue pas une solution. C’est un choix politique : celui d’une compétitivité fondée sur la fragilisation, et non sur l’émancipation.

Photo : Patrick Martin le président du Medef.
Sources
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France Stratégie, Les effets du Jobs Act sur le marché du travail italien, 2016
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Eurostat, taux de chômage des jeunes et indicateurs de pauvreté, 2015-2024
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ISTAT (Institut national de statistique italien), Conditions de vie et revenus, 2024
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OCDE, In-Work Poverty and Labour Market Segmentation, 2023
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INSEE, taux de chômage des 15-24 ans en France, 2024







