Le Festival Mardi Graves débute ce mardi et prépare de nouvelles surprises, des créations, des découvertes, au fil d’une vingtaine de concerts et de rencontres.
Pas de perte de gravité : le programme des réjouissances organisées autour des instruments graves atterrit à Saint-Jean de Védas, et rayonne largement d’Avignon à Lézignan-Corbières. Avec beaucoup d’amour au cœur de la Saint Valentin, comme le montre le couple de cuivres qui sur l’affiche illustre « L’amour à voix basses », comme l’a imaginé le dessinateur Pierre Samson, qui l’an dernier avait célébré l’anniversaire de Courbet. On retrouve son humour qui s’est répandu dans Libé, Hara-Kiri, Fluide Glacial, avant qu’il ne participe à la fondation de La Grosse Bertha et ne fonde son propre Satiricon toulousain, trimestriel satirique. On retrouve la spontanéité insolente qui caractérise ses albums.
Créations, souvenirs, émotions

L’affiche interpelle. Message reçu. Commencent les surprises. Avant l’inauguration du festival, mercredi 11, précédée de la découverte du trombone et de la contrebasse, deux concerts sont en avant-première la veille (entrée libre), les « Douces Gravités » à Lavérune et un « Concert Créations » à Avignon, intitulé « C’est grave, compositeur ? ». Le premier invite la création de Gibraltar de Matthieu Ané, et dans le second la pianiste Anne Pagès joue une pièce écrite pour elle par Jean-Marc Fouché, les Danses du Destin, puis l’on entendra aussi son récent Sudamérica, écrit pour des solistes de l’Orchestre de Montpellier. Et pour la première fois la Grande sonate en trio pour trombone, tuba et piano de Gabriel Philippot.
Trois concerts sont ensuite donnés, les 12, 13 et 15 février, en hommage au soliste Joël Pons, décédé dans un accident l’an dernier. « Haut les Basses » réunit un ensemble de ses amis musiciens à Saint-André-de-Sangonis et à Lézignan-Corbières pour un programme baroque des XVIIème et XVIIIème siècles, dédié à ce violoncelliste réputé dans le répertoire ancien, enseignant aux conservatoires de Perpignan et de Béziers. Seront joués aussi La Bestiole exploratrice de Jean-Marc Fouché pour contrebasse et trombone, ainsi qu’une création de Claude-Henry Joubert, avec les vents très attendus, le serpent de bois et le fiscorn de cuivre, cette vedette de la cobla catalane. « L’amour à voix basse » conclut cet hommage à Clermont l’Hérault, et réunit contrebasses, violoncelle et trombone, accompagnés par clavecin ou piano. Au répertoire baroque s’ajoutent des pièces contemporaines d’Edward Elgar, Teppo Hauta-aho et Jean-Marc Fouché.

De plus en plus grave
A Montpellier on espérait le retour de l’octobasse, ce géant des cordes de 4 mètres, mais ce sera pour l’an prochain, et le concert « Les Graves en Majesté » réunit néanmoins sept contrebasses, trois cuivres et deux pianos, qui vont célébrer Bach, Haendel, Dvorak et Mahler. Mais c’est surtout l’occasion de retrouver les créations du festival.
Matthieu Ané, dans sa composition pour basson et piano, mêle ambiances hispanisantes et influences impressionnistes, se souvenant de ce qu’évoquait pour lui le nom de Gibraltar dans sa jeunesse, un imaginaire, un mystère, un lieu singulier : « C’est donc ma vision d’enfant que dépeint cette musique avec ce sentiment mystérieux qui ouvre et clôt la pièce mêlé à une lente mélodie doucement expressive ».
Gabriel Philippot a réuni trombone, tuba et piano dans sa Grande sonate en trio, qui comporte neuf mouvements, indépendants. Ils évoquent des danses, anciennes ou récentes, et des types de pièces musicales connus : « Chaque mouvement se veut ainsi doté d’un caractère prononcé et assumé, petit plaisir coupable dont il ne faut bouder la joie de le jouer comme de l’écouter ». La pièce est un message : « Elle rappelle que la musique est d’abord affaire de souffle, de mouvement, mais surtout de partage ».

Un géant vient faire la fête
La contrebasse s’installe, le 18, à la Cité des Arts, avec Le retour de Théotime Voisin, un fidèle du festival, en master class le matin et en concert le soir, puis il souffle un vent de folie, le 20, avec la découverte du sulliphone – un extraordinaire cuivre contrebasse géant, qu’on joue debout, conçu par Tim Sullivan pour Pierrick Mastras – et la création mondiale du Sextet « Mastar » qui invite au Gazette Café à découvrir « Le Sulliphone en voyage » !
Retour le week end à Saint-Jean-de-Védas, au Domaine du Terral, où se déroulent une masterclass de contrebasse avec Thierry Barbé et une de tuba avec Guillaume Dionnet, et où l’on part « A la découverte du serpent et de l’ophicléide », cuivres connus mais qui restent à explorer avec Harumi Baba professeur au CRR de Perpignan et Marc Girardot soliste du célèbre Orchestre Révolutionnaire et Romantique de Londres.
C’est la fête finale, et deux grands concerts gravissimes. Un nouvel « Amour à voix basse », le samedi à 20 h, précédé du moment jazz « Virtuoses et graves », propose un riche programme : des œuvres de De Falla, Druckman, Berlioz, Proto, Emler, convoquant contrebasses, ophicléide, pianos, tuba, et de belles surprises : la création mondiale d’un duo galant de Claude-Henry Joubert pour serpent et fiscorn, et la pièce délirante de György Kurtág dont les borborygmes entre voix et contrebasse invitent à trinquer pour les 100 ans de la naissance du compositeur, avec un petit coup d’Alkohol ! Feu d’artifice enfin pour « Le Concert du Dimanche » à 16 h, précédé d’une présentation du sulliphone à 14 h. Solistes, stagiaires et professeurs, ateliers de cuivres et solistes se retrouvent sur scène et ont préparé des œuvres de Bottesini, Elvis Presley, Charles Trenet, Francis Lai et… autant de surprises.
Plus haut les graves !
Le contrebassiste de légende Jean Ané qui a créé « Mardi Graves » en 1993 se réjouit de la fidélité des musiciens et des compositeurs, des partenaires venus de loin, et du nombre de stagiaires qui sont près de 70. « On fait venir les meilleurs », plaisante-t-il gravement. Les plus petits contrebassistes ont entre 5 et 8 ans, et il y a des solistes qui sont déjà venus très jeunes. « Mon idée de départ est assez pédagogique, se souvient-il. On découvre aussi des instruments, et certains sont parfois ingrats… Mais tous aiment jouer ! » Il va y avoir du monde sur les photos de famille.
Michèle Fizaine
Festival Mardi Graves du 10 au 25 février Programme complet, concerts, ateliers, masterclass, et réservations sur mardigraves.org Tél 06 83 38 70 00. Rendez-vous pour les seniors des Ehpads : Sudalia le 11 et Les Seigneuriales le 19. Entrée libre sur la plupart des concerts, et tarifs de 5 à 16 €. Soutien à l’association sur HelloAsso.
Centres de gravité : Saint-Jean-de-Védas, médiathèque le 11, Chai du Terral le 21 et le 22, et tout autour, Lavérune et Avignon le 10, Saint-André-de-Sangonis le 12, Lézignan-Corbières le 13, Clermont-l’Hérault le 15, Montpellier les 17, 18, 20.







