Longtemps cantonnées aux marges du débat public, la pollution et les risques industriels s’imposent désormais au cœur de la campagne municipale marseillaise. Sites Seveso, boues toxiques, pollutions au chrome ou aux PFAS : face à l’héritage industriel de la ville et aux inquiétudes sanitaires des habitants, plusieurs candidats font de l’environnement un marqueur politique fort, révélant de profondes divergences de vision pour l’avenir de Marseille.


 

À quelques semaines des élections municipales prévues les 15 et 22 mars 2026 à Marseille, la question environnementale, longtemps reléguée au second plan derrière la sécurité et la propreté, s’impose désormais comme un sujet central de débat politique. Dans une ville marquée par des décennies d’industrialisation et d’enjeux environnementaux particulièrement lourds, la pollution urbaine et les risques industriels deviennent des thèmes incontournables dans les programmes des candidats.

Un « Massilia Toxic tour »

Le mercredi 14 janvier, à la veille de la présentation du programme de la liste LFI « Marseille fière et populaire », Sébastien Barles, adjoint à la transition écologique et figure écologiste marseillaise, a organisé un “Massilia Toxic tour”. Ce parcours sur les sites les plus pollués de la ville — de l’usine classée Seveso Arkema dans le 11ᵉ aux boues rouges des calanques et aux pollutions au chrome 6 et aux PFAS aux Aygalades — devait rappeler l’ampleur des défis environnementaux de la cité phocéenne.

À cette occasion, Sébastien Barles a présenté deux propositions concrètes : la création d’un observatoire citoyen des risques industriels afin de mieux contrôler les sites à danger, et l’ouverture de discussions impliquant l’État, les autorités portuaires, les élus et les riverains pour réduire les risques liés à des substances dangereuses comme les engrais à base de nitrates d’ammonium, dont les risques d’explosion sont connus internationalement — notamment après la catastrophe de Beyrouth en 2020.

Les enjeux environnementaux au cœur des programmes politiques

Si ce « Toxic tour » illustre une mobilisation citoyenne et militante, la campagne municipale voit des approches variées selon les candidatures.

La gauche unie autour du Printemps marseillais et Benoît Payan

Le maire sortant Benoît Payan (Printemps marseillais) a officiellement lancé sa candidature début janvier et entend poursuivre la politique municipale en place. Si ses priorités affichées en début de campagne se sont davantage concentrées sur le pouvoir d’achat et certaines mesures sociales, le bilan de la mandature sortante inclut aussi des actions écologiques : Marseille s’est engagée dans une stratégie “Objectif Climat 2030”, visant la neutralité carbone, avec notamment des initiatives dans les économies d’eau, le développement d’un réseau de chaleur urbain utilisant la thalassothermie et l’extension du tri des déchets en zones municipales.

L’union de la gauche impliquant socialistes, écologistes, communistes et autres composantes inclut a minima une attention aux défis environnementaux, même si le programme détaillé de la coalition reste à être précisé.

La candidature insoumise de Sébastien Delogu

Officiellement investi par La France insoumise, Sébastien Delogu portera une liste autonome, mettant en avant un programme conçu autour du logement, de la santé et de « l’urgence écologique » telle qu’annoncée par son camp. La campagne LFI met donc la question environnementale parmi ses axes prioritaires, en écho au discours de Barles et aux préoccupations citoyennes locales.

Delogu bénéficie aussi du soutien du collectif Vaï, porté par Barles, qui entend faire de la lutte contre les pollutions industrielles et urbaines un marqueur fort de cette campagne.

Les autres candidatures : moins d’emphase sur l’environnement

À droite et à l’extrême droite, les thématiques environnementales apparaissent moins au centre du débat. Martine Vassal, candidate soutenue par Les Républicains, Renaissance et d’autres forces du centre-droit, concentre sa campagne sur la sécurité et la propreté de l’espace public, avec peu de propositions programmatiques précises sur la pollution industrielle ou la transition écologique.

Du côté du Rassemblement National, avec Franck Allisio en tête de liste, la pollution n’est pas au cœur des propositions principales, qui visent davantage la sécurité, la gestion de la ville ou l’ordre public.

Pollution, risques industriels et santé : une fracture citoyenne

La mobilisation de certaines associations locales témoigne de l’inquiétude d’une partie des habitants face à la pollution industrielle et ses conséquences sanitaires. Dans le sud de Marseille, par exemple, des résidents ont récemment demandé une veille sanitaire renforcée lors de travaux de mise en sécurité de dépôts toxiques dans les calanques, craignant la dispersion de poussières dangereuses autour des zones habitées.

À Marseille comme ailleurs en France, les élections municipales 2026 sont l’occasion pour les citoyens d’interroger les listes — chacune à leur manière — sur l’intégration des questions environnementales et de santé publique dans leurs programmes. Des sujets comme la qualité de l’air, le traitement des pollutions industrielles et la prévention des risques climatiques sont de plus en plus considérés comme essentiels par les acteurs locaux et les électeurs.

 

Photo. En décembre 2024, l’État a été condamné à dépolluer le site industriel, Legré Mante comprenant toutes les zones polluées situées entre Mont Rose et Callelongue, sur le littoral Sud de Marseille, dans un délai n’excédant pas le 30 juin 2028.