Réunies le 24 février à Perpignan, les Régions Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Catalogne et Ligurie ont affiché une ambition commune : accélérer la réalisation d’un arc ferroviaire méditerranéen performant, décarboné et résilient, de Valence à Gênes.
Au-delà d’un simple projet d’infrastructure, cette rencontre marque une nouvelle étape dans l’affirmation d’une Europe des Régions qui entend peser davantage dans la définition des grandes priorités de mobilité à l’échelle continentale.
Organisée en présence des sociétés de projet des Lignes nouvelles Montpellier-Perpignan et Provence-Côte-d’Azur, la réunion a permis de consolider un front commun autour des mobilités et des infrastructures stratégiques. Les quatre exécutifs régionaux entendent coordonner leurs calendriers, harmoniser leurs stratégies et parler d’une seule voix auprès de l’Union européenne.
Cette dynamique s’inscrit dans la continuité des travaux engagés à Valence puis à Toulouse sur la résilience ferroviaire face au changement climatique. Mais à Perpignan, le message était clair : les territoires méditerranéens ne veulent plus subir les lenteurs décisionnelles. Ils souhaitent devenir moteurs.
L’Occitanie : désenclaver et sécuriser
Pour Carole Delga, présidente de la Région Occitanie et de Régions de France, la Ligne Nouvelle Montpellier-Perpignan constitue « une priorité régionale mais aussi un projet stratégique européen ».
Elle insiste sur la dimension concrète du projet : développement du fret ferroviaire entre le sud et le nord de l’Europe, renforcement de l’offre de TGV et de trains du quotidien, réduction du trafic de poids lourds sur l’A9, et sécurisation de la ligne littorale face aux risques climatiques.
À travers cette prise de position, l’Occitanie défend une vision où la décentralisation permet aux Régions d’anticiper les besoins de leurs habitants tout en servant l’intérêt européen.
La Région Sud : un maillon stratégique européen
Même détermination du côté de Renaud Muselier, président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Il présente la Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur (LNPCA) comme « un véritable projet de territoire », destiné à relier plus efficacement les trois départements littoraux avec davantage de trains et des temps de parcours réduits.
Mais l’enjeu dépasse l’échelle locale. Selon lui, la LNPCA est « le maillon indispensable d’un arc ferroviaire à haute performance de Barcelone à Gênes ». Moins de camions, plus de trains : une ambition écologique, économique et stratégique.
Son message est clair : « L’Europe des Régions est en marche. » Une manière d’affirmer que la décentralisation n’est pas un repli, mais une capacité d’initiative.
La Catalogne : porter le projet auprès de l’Europe
Pour Salvador Illa, président de la Generalitat de Catalogne, le Corridor méditerranéen est « une infrastructure prioritaire pour la Catalogne » mais aussi « un projet stratégique pour l’Europe ».
Il souligne que la coopération interrégionale est essentielle pour faire avancer le dossier auprès des institutions européennes. En d’autres termes, la crédibilité du projet repose sur la capacité des territoires à s’unir au-delà des frontières nationales.
La Catalogne voit dans cette alliance un levier pour renforcer l’interconnexion nord-sud et accélérer la transition vers un système ferroviaire durable.
La Ligurie : une vision intégrée de la mobilité
De son côté, Marco Scajola, assesseur aux Transports de la Région Ligurie, défend une « stratégie partagée d’investissements, de planification et de vision commune ».
Il insiste sur le rôle central de l’Italie et de la Ligurie dans le corridor méditerranéen et appelle à renforcer les liaisons avec la France, avant de regarder vers l’Espagne. Pour lui, la coopération internationale est l’outil capable de bâtir « un système véritablement européen », au service des mobilités quotidiennes, du tourisme et des échanges économiques.
Son propos traduit une conviction : la mobilité est à la fois un défi majeur et une opportunité de croissance et de cohésion.
Une stratégie commune
Au-delà des déclarations d’intention, les quatre Régions ont posé les bases d’une véritable stratégie intégrée à l’échelle de l’arc méditerranéen. Leur objectif est clair : bâtir un système ferroviaire cohérent, capable de répondre simultanément aux besoins des voyageurs du quotidien, aux flux internationaux de fret et aux exigences de transition écologique.
Cette vision repose sur une coordination renforcée des investissements et des calendriers afin d’éviter les ruptures de continuité entre les réseaux nationaux. Il s’agit de penser le corridor comme une infrastructure unique, de Gênes à Valence, connectée aux grands ports méditerranéens et suffisamment capacitaire pour offrir une alternative crédible au transport routier.
Les Régions entendent également inscrire ce projet dans une perspective stratégique plus large, intégrant les enjeux de résilience climatique et de mobilité civile et militaire à l’échelle européenne. En affirmant une position commune, elles cherchent à peser davantage dans les arbitrages nationaux et européens, tout en consolidant les liens économiques, culturels et territoriaux qui structurent le sud du continent.
Plus qu’une succession de chantiers, c’est donc une vision partagée de la mobilité méditerranéenne qui se dessine : intégrée, décarbonée et pensée à l’échelle des territoires.
La décentralisation comme levier européen
Cette coordination illustre une évolution profonde de la gouvernance des infrastructures : les Régions ne se contentent plus d’accompagner les décisions nationales, elles structurent elles-mêmes une vision commune et transfrontalière.
En misant sur la coopération plutôt que sur la concurrence, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Catalogne et Ligurie affirment que la décentralisation peut être un moteur d’intégration européenne.
Le Corridor ferroviaire méditerranéen devient ainsi plus qu’un projet technique : il incarne une Europe des territoires capable de porter une ambition partagée, de Valence à Gênes, et au-delà jusqu’à l’est du continent.







