À force de promettre l’ordre absolu, le ministère de l’Intérieur a oublié de sécuriser sa propre porte numérique. Résultat : les fichiers les plus sensibles deviennent un butin, pendant que le discours sécuritaire continue de monter le son.

Depuis des années, le ministère de l’Intérieur explique que la sécurité exige toujours plus : plus de fichiers, plus de surveillance, plus de données « pour protéger les citoyens ». De discours martiaux en lois « de fermeté », de préfets en uniformes bien repassés et de ministres promettant l’ordre « partout et tout le temps », l’État voit, l’État sait, l’État prévient. Du moins en théorie. En pratique, il aura suffi d’une nuit de décembre et d’une messagerie mal gardée pour que des inconnus pénètrent au cœur du système. Sans fracas ni menace civilisationnelle : ni hordes barbares, ni chaos terroriste, ni allocution solennelle place Beauvau. Juste l’ordinaire d’une administration numérique vulnérable. Les bijoux de la couronne — fichiers policiers, antécédents judiciaires, données sensibles — se retrouvent consultés, copiés, peut-être emportés, comme lors d’un cambriolage discret pendant que la maison proclame être la mieux gardée du quartier.
L’ironie est cruelle. Ceux qui, de ministère en ministère, expliquaient que l’accumulation de données était la condition même de la sécurité découvrent qu’elle en devient aussi le principal risque. À force de tout centraliser, on ne protège pas : on constitue un butin. Et lorsque la forteresse cède, ce n’est jamais la doctrine qui vacille, seulement son exécution — insuffisamment ferme, évidemment. La suite est écrite d’avance : davantage de contrôles, davantage de moyens, davantage de fichiers. Jamais moins. Dans l’État sécuritaire, l’échec ne disqualifie pas la logique ; il lui sert de justification supplémentaire. La sécurité, encore et toujours, justifiera tout — y compris son propre fiasco.


