Le Conseil de l’Europe dénonce, dans un rapport alarmant, la surpopulation, les violences et l’insalubrité des prisons françaises, pointant l’échec d’une politique qui privilégie l’enfermement massif au respect des droits fondamentaux.
Dans un rapport particulièrement sévère, le Comité pour la prévention de la torture (CPT) du Conseil de l’Europe tire la sonnette d’alarme : surpopulation carcérale, conditions de détention indignes, violences entre détenus et usages problématiques de la force par les autorités. Autant de constats qui interrogent profondément la capacité de l’État à respecter les droits humains qu’il prétend défendre.
Des prisons transformées en « entrepôts humains »
À l’issue de plusieurs visites menées fin 2024 dans des établissements emblématiques — Fleury-Mérogis, Fresnes, les Baumettes ou encore Villefranche-sur-Saône — le CPT dresse un tableau accablant. La surpopulation carcérale y est qualifiée de « particulièrement alarmante », au point de transformer certaines prisons en véritables «entrepôts humains».
Avec plus de 86 000 détenus pour un peu plus de 63 000 places disponibles, le taux d’occupation des prisons françaises dépasse aujourd’hui 136 %. Une situation structurelle, dénoncée depuis des années, mais qui continue de s’aggraver dans l’indifférence relative des pouvoirs publics. Derrière ces chiffres, ce sont des hommes, des femmes et des mineurs entassés dans des cellules exiguës, privés d’intimité et de conditions de vie décentes.
Violences, insalubrité et abandon institutionnel
Si la majorité des détenus interrogés ne rapportent pas de violences systématiques de la part du personnel pénitentiaire, le CPT fait néanmoins état « d’allégations crédibles de violences physiques » : claques, coups, usage disproportionné de la force. Dans certains établissements, la violence entre détenus est devenue endémique, notamment dans les cours de promenade où l’absence d’intervention du personnel pousse certains prisonniers à rester enfermés par peur pour leur sécurité.
Les conditions matérielles, elles, relèvent parfois de l’indignité. À Fresnes, le rapport évoque des cellules humides, délabrées, infestées de rats, de cafards et de punaises de lit. Ailleurs, fenêtres brisées, mobilier hors d’usage et locaux insalubres témoignent d’un abandon prolongé. Ces réalités contrastent violemment avec les principes fondamentaux inscrits dans les textes internationaux que la France s’est engagée à respecter.
Des droits fondamentaux sacrifiés, y compris pour les mineurs
Le constat est encore plus préoccupant pour les détenus mineurs. Le CPT souligne la pauvreté dramatique des activités proposées : parfois une à deux heures d’enseignement par jour seulement. Une situation qui compromet toute perspective de réinsertion et transforme la détention en simple mise à l’écart punitive, en contradiction totale avec les principes de protection de l’enfance.
Le rapport pointe également les conditions de garde à vue dans certains commissariats, marquées par l’insalubrité et des pratiques policières dangereuses, rappelant des méthodes ayant conduit à des drames ailleurs dans le monde. Là encore, les réponses institutionnelles se limitent à des promesses de formation et d’améliorations matérielles, sans remise en question profonde.
Construire plus de prisons : une fausse solution
Face à cette crise, le gouvernement persiste dans une logique quantitative. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin affirme vouloir lutter contre la surpopulation carcérale par la construction de nouvelles prisons, avec 3 000 places supplémentaires prévues à court terme. Une réponse que le CPT juge non seulement insuffisante, mais dangereusement illusoire.
« La construction de nouvelles prisons ne constitue pas une solution durable », rappelle fermement le Comité. Sans politique de régulation du nombre de détenus, sans alternatives crédibles à l’incarcération, sans réflexion sur le sens même de la peine, ces nouvelles places risquent de se remplir aussi vite qu’elles seront créées, perpétuant un système déjà à bout de souffle.
Une crise révélatrice d’un renoncement politique
En s’enfermant dans une approche sécuritaire et comptable, la France semble renoncer à l’exigence morale qui fondait sa réputation internationale. La prison, miroir grossissant de la société, révèle ici un choix politique clair : gérer la misère sociale par l’enfermement plutôt que par la prévention, l’accompagnement et le respect de la dignité humaine.
À l’heure où la France figure parmi les pires élèves européens en matière de densité carcérale, la question n’est plus de savoir combien de prisons construire, mais quel modèle de justice et de société elle souhaite défendre. Car un pays ne se juge pas à ses discours sur les droits de l’homme, mais à la manière dont il traite les plus invisibles — y compris derrière les barreaux.
avec AFP
Photo. Prison Extrait d’une série photographique de Grégoire Korganow : « Trois personnes détenues dans 9 mètres carrés.
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