« Nous rejetons l’action militaire unilatérale des États-Unis et d’Israël », a affirmé le chef du gouvernement espagnol, dénonçant une escalade susceptible de rendre « l’ordre international plus incertain et plus hostile ». Cette déclaration tranche avec les réactions plus timides de nombreux dirigeants européens, qui se sont bornés à appeler à la retenue, à la protection des civils et au respect du droit international, sans jamais critiquer directement Washington ou Tel-Aviv.
Au sein de l’UE, les ministres des Affaires étrangères ont surtout insisté sur les risques économiques et sur la nécessité de maintenir ouvert le détroit d’Ormuz. La Haute Représentante Kaja Kallas a coordonné une réponse centrée sur la sécurité des ressortissants européens et l’activation éventuelle du mécanisme de protection civile. De son côté, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a évoqué l’idée d’une « transition crédible » en Iran, tandis que le chancelier allemand Friedrich Merz a estimé qu’il ne servait à rien de « faire la leçon aux alliés » en oubliant peut-être qu’ils ont aujourd’hui à leur tête des dirigeants d’extrême droite.
Ce contraste est saisissant. D’un côté, une Union européenne prudente, divisée, tardive, qui peine à affirmer avec ambition et cohérence les valeurs qu’elle revendique. De l’autre, une Espagne qui refuse l’inversion des responsabilités entre agresseur et victime et qui ose qualifier une guerre d’illégale lorsqu’elle l’est, même si cela implique de critiquer des alliés historiques.
Dans un contexte international qui rappelle par bien des aspects les années 1930 — montée des tensions, banalisation de la force, affaiblissement du multilatéralisme — la social-démocratie européenne est à la croisée des chemins. L’histoire a montré combien ses hésitations passées ont pu peser lourd. Aujourd’hui, le gouvernement Sánchez offre un contre-exemple : celui d’une social-démocratie qui ne renonce ni à ses principes ni à sa capacité d’initiative.
En se distinguant au sein de l’Union européenne, l’Espagne démontre qu’il est encore possible d’allier responsabilité internationale, fidélité au droit et courage politique. À l’heure où l’Union européenne, déjà affaiblie par la poussée de l’extrême droite en son sein, semble manquer d’audace pour se donner les moyens d’affirmer pleinement ses valeurs, Madrid rappelle qu’une autre voie est possible, une voie plus courageuse, susceptible de servir de modèle aux sociaux-démocrates européens en quête de cap et de cohérence.